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Mardi 7 novembre 2006 2 07 /11 /Nov /2006 16:02

Le sommet de coopération Chine-Afrique, plus grande réunion diplomatique jamais organisée par la Chine, vient de se clore à Pékin, au terme de trois jours de poignées de main, de banquets, de signatures d'accords commerciaux et de grandes déclarations. Du vendredi 3 au dimanche 5 novembre ce sont les chefs d'État et de gouvernement de 48 pays africains qui ont été reçus en grande pompe.

Et on pouvait dire que les Chinois avaient pour l'occasion mis les petits plats dans les grands. Pékin s'est en effet transformé pour quelques jours en capitale africaine, en se recouvrant de milliers de panneaux (affichés jusque dans les plus reculées des cours d'immeubles, encore un coup des comités de quartiers)  célébrant « l'amitié, la paix, la coopération et le développement » et d'immenses fresques représentant africains vêtus de peaux de zèbres et girafes dans la savane, alimentant encore un peu plus les éternels clichés que les Chinois nourrissent sur le continent africain. Par ailleurs, et comme habitués aux ordres les plus farfelus du pouvoir, les Pékinois ne se sont pas émus lorsqu'on a purement et simplement interdit la circulation sur le deuxième périphérique, l'artère vitale de la ville (imaginez que le gouvernement français décide un beau jour de bloquer le périph' parisien pendant trois jours) pour en réserver l'accès aux voitures officielles, prohibé à toute personne étrangère au sommet de s'approcher de la place Tian An Men et de la Cité Interdite barricadée et menacé de 200 RMB d'amende quiconque se risquerait à troubler la tranquillité du sommet en usant du klaxon de manière « inappropriée ».

Tant d'attention à l'égard du continent africain pourrait surprendre de la part d'un pays asiatique. Mais cela serait oublier que la Chine, d'une main de fer dans un gant de velours, est véritablement en train de recoloniser l'Afrique en faisant luire la promesse d'une relation d'égal à égal (ou encore "gagnant-gagnant", "win to win"), peu encombrée de grands principes ou de contentieux historiques et damant ainsi le pion aux anciennes puissances coloniales dans ce qui avait longtemps été leur pré carré.

Entre la Chine et l'Afrique, on pourrait presque parler de retrouvailles. Mais ce sont des retrouvailles dont la nature a proprement changé. Des années 1960 à la fin des années 1980, les relations sino-africaines sont avant tout de nature politique. En multipliant les projets d'aide au développement du continent, finançant et construisant des grands projets d'infrastructure, en envoyant sur place médecins et infirmiers et en distribuant des bourses pour permettre à de jeunes Africains de poursuivre leurs études dans les universités chinoises, Pékin s'assure surtout d'une zone d'influence dans un monde divisé en blocs. Pour les Africains la Chine est alors une nation phare du tiers-monde et le maoïsme sert de référence idéologique en cette période postcoloniale.

La fin de la guerre froide, la poursuite de l'ouverture économique de la Chine et sa soif grandissante de matières premières et d'énergie ont laissé la place à des relations avant tout économiques. Désormais, les perspectives commerciales représentées par le continent noir et son potentiel en ressources énergétiques (l'Afrique fournit à la République populaire 30 % de son pétrole importé) sont au coeur de la nouvelle stratégie chinoise en Afrique. Au-delà de la nécessité de s'assurer de nouveaux accès aux matières premières, la Chine entend également écouler un nombre toujours plus grand de produits manufacturés bon marché sur les marchés africains. Le boubou est désormais made in China, au grand dam des tisserands africains...

Le niveau de l'engagement de la Chine en Afrique est tel qu'il suscite cependant les critiques croissantes de tous ceux estimant que l'empire du Milieu y poursuit des visées "prédatrices" consistant à engranger le maximum de résultats économiques tout en étant peu regardant sur la moralité des régimes avec lesquels il traite au nom de sa "politique de non-intervention". "La Chine ne pose aucune condition politique à sa coopération", a maintes fois déclaré le président Hu Jintao dans ses tournées africaines. Et effectivement  hier soir, au journal télévisé, c'est avec de grands sourires et des poignées de main interminables que l'on pouvait voir le président chinois accueillir les président soudanais ou zimbabwéen, loin d'être en odeur de sainteté en Occident.

Dimanche, seize accords commerciaux ont été signés, d'un montant total de 1,9 milliard de dollars. Ca vaut bien une petite poignée de main ?

Toutefois, le cynisme de Pékin a des limites intrinsèques. A mesure que la Chine investira en Afrique, elle devra intégrer à sa politique la variable «stabilité» du continent, aussi bien sur le plan politique que sur le plan économique. Le président chinois Hu Jintao a prié publiquement mais amicalement le président soudanais de faire des efforts au Darfour. La Chine s'est par ailleurs engagée à doubler l'aide financière accordée à l'Afrique sur les trois prochaines années, à débloquer une série de prêts à taux préférentiels d'un montant de 3 milliards de dollars et à annuler la dette des pays les plus pauvres à travers la mise en place de prêts gouvernementaux à taux zéro.

"Il faut être pragmatique, explique Xu Weizhong, directeur du département des affaires africaines de l'Institut chinois d'études contemporaines internationales. Et une Afrique qui s'effondre est une Afrique qui ne consomme plus, ne l'oublions pas...

Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Dimanche 5 novembre 2006 7 05 /11 /Nov /2006 16:39

J'étais en train de songer à un futur article qui aurait trait au port urbain du pyjama en Chine (sujet d'importance s'il en est) lorsque je suis tombée par hasard sur cette petite brève dans la rubrique « Insolites » du Courrier International. Je ne résiste pas à l'envie de vous le faire découvrir... Alors « insolite » le pyjama de ville ? Sûrement pas en Chine !

« Selon un sondage réalisé par ses habitants, les gens portant des pyjamas en pleine rue, une banalité à Shanghai, sont l'un des aspects les plus irritants de la vie quotidienne dans la plus grosse ville chinoise. Le port d'un pyjama dans la rue, les magasins, les banques ou les parcs est considéré par les habitants de la mégapole comme l'une des principales marques d'incivilité, tout comme les animaux de compagnie agressifs, les voisins peu serviables et le non-respect de l'environnement, indique l'étude.
Plus de 16 % des personnes interrogées affirment qu'elles-mêmes ou des membres de leur famille se rendent régulièrement dans un lieu public en pyjama et 25 % reconnaissent l'avoir déjà fait, a indiqué mercredi Yang Xiong, un professeur ayant participé à la réalisation de ce sondage parrainé par l'Académie des sciences sociales de Shanghai et la Fédération des femmes de la ville.
Plusieurs théories expliquent pourquoi le port du pyjama - une tunique en coton souvent décorée de fleurs ou de petits animaux - est si répandu dans la ville chinoise la plus riche et la plus cosmopolite. L'une d'entre elles explique que certains habitants sortent en pyjama pour souligner la proximité de leur domicile du centre-ville et, ainsi, renforcer leur statut social. Une autre y voit une réminiscence de la vie traditionnelle qui avait cours il y a des décennies dans de petites communautés, alors autonomes. »

Et je confirme qu'à Pékin également le pyjama est la tenue préférée de mes voisins, surtout pour aller faire les courses, d'où un incessant défilé de pyjamas entre les rayons de mon cher supermarché vous permettant de vous informer, entre les étalages de tofu et les sacs de riz, de la dernière tendance en la matière (motifs à petits chiens roses, fleurs ou mickey en tous genres). Je pensais qu'avec l'arrivée de l'hiver nous verrions la fin de la saison des pyjamas, mais c'était sans compter la formidable capacité d'adaptabilité des Chinois qui ont remisé le pyjama en coton et les tongs en plastique fluo pour se parer de leurs plus beaux pyjamas en laine polaire avec les chaussons assortis et toujours si seyants (têtes de chiens, ballons de football...).

Les grandes capitales de la mode peuvent bien trembler, le XXIe siècle sera chinois et le pyjama dictera sa loi !



Mon marché aux légumes (l’ancien ayant été détruit la nouvelle parade consiste à mettre le marché sur roues…dégonflées) et une fidèle cliente arborant fièrement son pyjama hivernal.


Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Samedi 4 novembre 2006 6 04 /11 /Nov /2006 10:57

Il y a des jours comme ça où vous aimeriez que le monde soit une maison et la Chine une (très grande) pièce dont vous pourriez sortir et claquer la porte avec fracas. Pour ne plus jamais en entendre parler.

Un jour comme aujourd’hui où il souffle un vent glacé venu tout droit de Mongolie et que votre garde robe d’hiver est, par un concours de circonstances, restée en France alors que vous vous les gelez en Chine. Où, alors que vous aviez pris la décision d’aller enfin vous battre contre la foule dans un centre commercial bondé pour acheter cette fameuse garde robe hivernale, la seule pensée de devoir marchander un pull moche pendant 5 heures vous épuise d’avance. Où vous passez toute votre après-midi avec un plombier du dimanche (l'ami de la soeur d'un ami de votre propriétaire) malodorant et bedonnant qui vous « répare » la fuite de votre chasse d’eau avec une épingle à nourrice et du fil de couture et vous engueule si vous avez la mauvaise idée de douter de l’efficacité de sa réparation dans votre mauvais chinois. Où lorsque que 4 heures après, trois allers retours chez le quincaillier plus tard, et une après midi de gâchée, les « travaux » (bien grand mot pour ce bricolage approximatif) sont enfin terminés mais que votre salle de bain est pleine de boue et de traces de doigts, votre salon plein de fils électriques et que votre chasse d’eau fuit toujours. Un jour où il n’y a plus rien dans le frigo, si ce n’est une tomate moisie. Où lorsque vous vous décidez enfin à tenter une sortie dans le vent glacée pour allez faire les courses vous vous retrouvez aux prises avec une foule compacte du samedi après-midi, qu’il n’y a plus rien à acheter, qu’ils ont encore changé pour la 30e fois en un mois la disposition des rayons, qu’ils ont installé des écrans plats partout (dans un supermarché à coté duquel le moindre ED est un luxe) pour faire encore plus de bruit et concurrencer les annonces faites toutes les 30 secondes dans les haut-parleurs, et ce alors même qu’ils ne sont pas fichus de vendre des ampoules et qu’il n’y a des carottes qu’en période de fête. Où vous avez erré une heure entre les rayons pour ne rien acheter d’autre que du lait et du pain, par dépit et parce vous ne savez pas cuisiner le reste. Où, une fois n’est pas coutume, vous avez assez des 100 mètres entre chez vous et le supermarché pour qu’on hurle « laowai » (étranger) sur votre passage, au cas où vous auriez oublié que vous n'étiez pas du coin. Où lorsque vous rentrez chez vous, vous vous rendez compte qu’il ne vous reste plus qu’à mettre tous vos vêtements à la machine et reprendre une douche car le supermarché vous a manifestement parfumé au canard laqué et à la friture. Où vous n’avez pas encore le chauffage, que vos mains sont gelées et que ça va encore durer 10 jours (arrivée du chauffage dans tous les foyers pékinois le 15 novembre et pas avant). Où les chausssons que vous aviez acheté la veille sont déjà décousus, « made in china » oblige. Où tous les sites internet auxquels vous tentez d’accéder sont bloqués par un mystérieux censeur. Où le décalage horaire de 7 heures vous empêche d’appeler les gens que vous aimez.

Un jour où vous êtes fatigué des gens, de la langue, du climat, de l’absence de tout, de la difficulté de la moindre des choses, des différences…

Patience et longueur de temps… Vivement demain.

Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Dimanche 29 octobre 2006 7 29 /10 /Oct /2006 13:33

Je n’aurais jamais cru que j’afficherai un jour une photo de Chirac sur mon blog. Mais qu’on ne se méprenne pas, je n’ai pas décidé de m’encarter à l’UMP. Non, en fait la photo de « xi-la-ke » comme on appelle ici Chirac (et qui est d’ailleurs le seul Français que vous citeront tous les chauffeurs de taxi à peine vous auront-ils entendu dire que vous étiez Français !!) vient surtout rappeler la visite présidentielle de quatre jours qui vient de se terminer. Du 25 au 28, Chirac aura écumé la Chine, de Pékin à Wuhan en passant par Shanghai, emmenant dans son sillage une escouade de dix ministres et de trente patrons du CAC 40 avec en ligne de mire quelques contrats bien juteux et un voyage bien agréable avec Madame, en prévision, on ne sait jamais, d’une période de vaches plus maigres.

Cette visite de Chirac aura donc été l’occasion pour toute la presse chinoise et française de rappeler les liens particuliers qui lient Chine et France.

La France est en effet le premier grand pays occidental à avoir, en 1964 reconnu la Chine communiste. Et les Chinois nous en sont encore aujourd’hui reconnaissants, pas le genre à avoir la mémoire courte… Quarante ans plus tard, ce sont des liens bien plus économiques que politiques qui unissent les deux pays. Alors que la Chine est devenu le nouvel eldorado mondial, ce sont chaque année des milliers de Français qui (comme moi) partent s’expatrier en Chine. Et avec un an de recul j’ai tout de suite été frappée par la croissance exponentielle de la communauté française à Pékin. Si bien que parfois Pékin (et que dire de Shanghai… mais je préfère parler de ce que je connais le mieux) se donne bien souvent des airs de petite France orientale. Il y aurait désormais près de 4000 français à Pékin, cadres de grands groupes expatriés, diplomates, artistes, étudiants, armée de stagiaires, demandeurs d'emploi munis d'un simple visa touristique et attirés par les occasions nouvelles que semble offrir le pays… Quant aux entreprises françaises on en compte plus de 800 dans tout le pays soit 1400 implantations employant plus de 200 000 personnes. Restaurants français, lycée français, centre culturel français, difficile de traverser les quartiers de Sanlitun (quartier des ambassades) et de Houhai sans entendre parler français. Mes compatriotes sont partout et j’en ai vraiment pris la mesure en assistant à la réception donnée par Chirac mercredi dernier, une telle concentration de français au mètre carré (alors qu’on se trouve à l’autre bout du monde) ayant de quoi donner le tournis.

Car, bien évidemment, une visite présidentielle ne saurait être complète sans une réception digne de ce nom. Et c’est donc munie de mon petit carton d’invitation nominatif et de mon beau passeport tout neuf (j’ai enfin réussi à obtenir mon visa multi-entrées, je ne suis plus prisonnière de la Chine) que je franchissais mercredi soir les portes tambours de l’hôtel Peninsula. J’étais fin prête à savourer fromages et saucissons en pagaille, crêpes au nutella et bons Bordeaux… Et non, rien de tout cela si ce n’est une grande réception bon marché dans une salle trop petite et surchauffée. Quelques raviolis chinois sur lesquels se sont jetés tous les pique-assiettes de Pékin (et moi la première) et du champagne servi dans des verres à jus de fruit. Ca doit être mon esprit français qui me pousse à tout critiquer mais tout était, il faut le dire, franchement limite. Quand on se dit que les époux Chirac avait été cloués au pilori pour le montant astronomique de leurs frais de bouche à la mairie de Paris, on se dit que ce temps là et bien fini. Quant à Chirac et la délégation présidentielle, ils ont fait une apparition quasi-éclair, trois petits tours et puis s’en vont. Apres un discours que personne n’a vraiment écouté (mais durant lequel il était drôle de repérer tous les tics verbaux et gestuels de Chirac, plus vrai que nature) et un petit bain de foule, ils s’envolèrent comme une volée de moineaux, poussés par des gardes du corps chinois assez hargneux. La suite fut une course poursuite aux petits fours introuvables, engloutis en un quart de seconde par une communauté française qui semblait avoir jeûné pendant quatre jours avant de venir.

Alors, quel bilan pour cette quatrième et dernière visite Chirac en Chine. Hormis cette réception décevante, l’annonce d’un projet d'implantation d'une antenne du Centre Pompidou à Shanghaï, des inaugurations à tout va, des déclarations franco-chinoises dont le contenu ne présentait pas de grande nouveauté (dossier nucléaire nord-coréen, souhait de la levée de l’embargo sur les armes et une très, mais alors très, timide déclaration sur les droits humains), ce déplacement aura surtout servir à pousser des dossiers commerciaux stratégiques : Alstom et Areva (le premier pour construire une ligne ferroviaire à grande vitesse entre Wuhan et Canton, le second pour équiper quatre centrales nucléaires chinoises de réacteurs de troisième génération) mais surtout Airbus qui a décroché une nouvelle commande de 150 avions de plusieurs milliards d’euros.

Chirac a quitté la Chine pour Paris, samedi 28 octobre, en évoquant le bilan «incontestablement positif» d'une visite durant laquelle les deux pays ont voulu mettre en relief la bonne santé de leur partenariat. Si on ne peut mettre en doute les bonnes relations que cette visite aura une fois de plus mise en lumière, l’éditorial du Monde d'aujourd'hui (ci-dessous) nuance évidemment l’optimisme présidentiel. Son titre… « Illusions chinoises », tout un programme.

Illusions chinoises

29 Octobre 2006

« Jacques Chirac a toujours professé une passion pour l'Asie. Elle relève de son jardin secret, sur lequel il n'a jamais tenu, par pudeur, à s'épancher. Elle relève aussi du pari géopolitique. Depuis une bonne décennie, il a misé gros sur la Chine. Le président français considère que la Chine a "vocation à être au premier rang des puissances mondiales de demain". Il s'inscrit dans la tradition gaulliste, mais avec une fougue toute personnelle. L'émergence du géant chinois ne déplaît pas à sa vision des relations internationales. Il la tient pour un bienfait facilitant l'apparition d'un "multilatéralisme efficace". Et il estime que la France a tout à gagner, pour conforter sa place dans le monde, à nouer une relation privilégiée avec Pékin.

Au moment où le chef de l'Etat conclut sa visite en Chine populaire - la quatrième et la dernière de sa présidence -, l'heure est venue de tirer un bilan de ce pari chiraquien sur la Chine. On ne lui fera pas le procès de composer avec une réalité géopolitique incontournable. La Chine pèse d'un poids croissant sur la scène mondiale, et toute diplomatie responsable ne peut qu'en prendre acte. Même George Bush, qui avait pourtant entamé son premier mandat armé d'une rhétorique antichinoise, a fini par se montrer conciliant. Corée du Nord, Iran, Liban : il faut désormais passer par Pékin pour désamorcer les crises de ce monde.

Fallait-il pour autant cultiver une amitié chinoise aussi intime ? Dans l'espoir de retombées commerciales ? M. Chirac se ne se fait pas d'illusions sur la nature du régime politique chinois, sa capacité à se transformer de l'intérieur sous la houlette d'un Parti communiste résolu à conserver son monopole dirigeant. Mais soucieux de ne pas offenser ses "amis" chinois, il a toujours évoqué la question des droits de l'homme en termes très dosés. Ce cynisme du président français n'aura pas été récompensé à la hauteur de ses espérances. Les retombées commerciales sont moyennes, sans comparaison avec les performances germaniques.

M. Chirac néglige aussi combien sont dangereuses les prétentions de Pékin sur Taiwan, la première démocratie de culture chinoise. En ayant milité en faveur de la levée de l'embargo " anachronique" sur les ventes d'armes à la Chine décidé après le massacre de Tiananmen, en 1989, il a frôlé la légèreté. Il n'a pas l'air de prendre la mesure de l'accroissement de l'arsenal militaire chinois. Car Pékin a pour priorité de jouer au plus serré de ses intérêts, sans s'encombrer de grands principes. On le voit sur l'environnement, la propriété intellectuelle, ses agissements douteux en Afrique, notamment son soutien au régime soudanais. Le président français ne perçoit pas complètement que le "multilatéralisme efficace" version chinoise est à la carte. M. Chirac va léguer à son successeur un héritage chinois volontairement encombré de mythes. »

Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Vendredi 20 octobre 2006 5 20 /10 /Oct /2006 04:27

Deuxième anniversaire que je fête en Chine. Ayant eu la bonne idée de naître en octobre, je le célébrerai une fois de plus sous un ciel gris (j’aurais mieux fait de naître en juin !) et un tantinet déprimée par le froid qui s’installe…Vivement l'arrivée du chauffage (oh cette date bénie du 15 novembre, voir l'article consacré à la tragédie de la question "chauffagère à Pékin : http://beijingstories2004-2005.over-blog.com/article-4234118.html).

En ce jour particulier, je pense donc à tout ceux qui sont au loin et avec qui j’aurais aimé fêter cet anniversaire. C’est dans ces moments là que la distance est la plus dure.

Mais pour tous les Pékinois, je vous attends au Bed Bar ce soir à partir de 10h ! Reste à trouver les bougies et un gâteau

1- qui ne soit pas trop crémeux,  

2 - qui ne soit pas jaune ou rose fluo

3 - où ne batifolent pas des dragons multicolores en pâte sucrée...

La quête s'annonce ardue !


 

Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Vendredi 6 octobre 2006 5 06 /10 /Oct /2006 09:31

Ce soir nous célébrons une fête traditionnelle chinoise dite fête de la mi-automne 中秋节 (zhongqiujie) qui a lieu le quinzième jour du huitième mois du calendrier traditionnel chinois. Il s'agit essentiellement de fêter la lune qui serait, cette nuit-là, particulièrement brillante, plus ronde et plus belle que le reste de l'année.

A l'origine, on dansait au clair de lune, près du feu, pour célébrer la moisson. Selon les Annales historiques (première histoire complète de la Chine depuis sa fondation rédigée sous la dynastie Han par l'historien Sima Qian), il fut décidé dès le début de notre ère que les empereurs devraient présider cette cérémonie automnale. Au son de la musique, ils priaient la lune pour qu'elle assure une bonne récolte. Sous la dynastie des Tang (618-907), le quinzième jour du huitième mois fut décrété jour de « fête des mille automnes ».

Si la fête de la mi-automne est toujours destinée à célébrer la lune, elle est, avant tout, le prétexte à une réunion familiale (la fête est aussi appelée « fête de la réunion ») : le soir même, toute la famille se réunit dehors pour contempler la lune et penser aux êtres chers qui sont au loin. On dispose, sur l'autel dressé pour la lune, des fruits, des pamplemousses, des taros cuits en « robe des champs », des escargots de rizière, de jeunes plants de riz ainsi que treize galettes de lune, une pour chaque mois de l'année et une pour le mois intercalaire. Ce sont les femmes qui présentent ces offrandes. On brûle aussi de l'encens et on allume des bougies de couleur rouge (couleur faste en Chine je le rappelle).

Enfin tout cela est devenu plus folklorique qu'autre chose et de nos jours la fête de la mi-automne (qui coïncide souvent avec les vacances de la fête nationale mais nest pas chômée) est surtout prétexte à une consommation effrénée de petits gâteaux de lune 月饼 (yue bing), à l'histoire très ancienne. Durant la dynastie Yuan (1271-1368), la Chine était gouvernée par le peuple mongol (peuple minoritaire du nord). Les dirigeants han (ethnie majoritaire en Chine) de la précédente dynastie étaient mécontents de se soumettre aux lois étrangères, et essayèrent de coordonner une rébellion. Les chefs des rebelles, sachant que la fête de la lune approchait, ordonnèrent de fabriquer des gâteaux dans lesquels était caché un message avec un plan d'attaque. La nuit de la fête de la lune, les rebelles réussirent leur attaque surprise et renversèrent le gouvernement en place. Ainsi naquit la dynastie Ming (1368-1644). De nos jours, les yuebing varient d'une région à une autre.  Le yuebing de Suzhou se caractérise par son enveloppe croustillante à feuilles multiples, il est fourré en général de cinq pépins, de purées des haricots rouges, de poivre chinois, le tout mélangé avec du sel et du sucre et de la viande de porc; le yuebing de Pékin est préparé avec de l'huile et est farci de fruits secs, de purée de haricots rouges... (une bombe calorique !! comme toute la cuisine pékinoise) ; celui du Guangdong (la région de Canton) a une forme élégante, une enveloppe mince, une couleur agréable et est farci soit de noix de coco, de purée de graines de lotus, de cinq pépins, de jaune d'oeuf, de poulet, de jambon, ou encore de fleur de laurier. Il existe même désormais les yuebing sans sucre, c'est-à-dire la version light pour le régime !  La surface des yuebing est décorée de caractères en relief : symboles de bonne augure, liés aux légendes lunaires ou encore, aujourd'hui, caractères indiquant le contenu des gâteaux pour faciliter le choix des clients devant leur diversité croissante. En effet, dans chaque supermarché, à la sortie de chaque centre commercial, sur les étals de chaque petit marché de quartier trônent des piles de yuebing présentés dans de belles boites rutilantes.Ces yuebing peuvent atteindre des prix très élevés et il s'agit bien d'un produit de luxe qu'on ne manquera pas d'offrir à chaque visite (ce que je n'ai pas manqué de faire quand j'ai été invité chez les parents d'une amie chinoise !).


Prochaines dates de la fête de la lune : 25 septembre 2007, 14 septembre 2008, 3 septembre 2009, 22 septembre 2010... De quoi faire de belles provisions de yuebing (je vous réserverai tout particulièrement le yuebing  fourré aux haricots rouges sucrés et à l'oeuf de canne, je vous vois déjà saliver...).

Le yue bing ou la version chinoise de la galette des rois !


Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Jeudi 5 octobre 2006 4 05 /10 /Oct /2006 11:58

Un mois exactement que je suis en Chine et reprise des chroniques chinoises après deux semaines d’interruption en raison de quelques petits problèmes techniques, c'est-à-dire un ordinateur qui un beau matin vous affiche un écran noir. De quoi se payer de belles sueurs froides lorsque vous êtes à l’autre bout du monde, que votre garantie a expiré, que vous vous demandez encore comment dire « carte mère » et « back up » en chinois et qu’on vous raconte de terribles histoires au sujet de réparateurs d’ordinateur revendant votre portable adoré en pièce détaché au plus offrant. Enfin tout est arrangé et me voila de retour et en vacances (même si plus pour très longtemps).

Reprenons donc dans l’ordre la chronique de ces deux semaines écoulées en commençant par le récit d’un moment d’anthologie, comme à chaque fois que j’ai à faire avec la police et plus généralement l’administration chinoise.

En effet, j’ai dû il y a deux semaines procéder à mon enregistrement en tant qu’ « étrangère résidente en Chine » auprès du bureau de police de mon quartier. Vous comprendrez aisément que nous autres étrangers vivant en Chine sommes autant de potentiels éléments subversifs devant absolument être localisés et dont les propriétaires doivent être dûment taxés. Il y a quelques années encore les étrangers, s’ils ne voulaient pas résider dans les hôtels leurs étant réservés, devaient obligatoirement vivre dans certains quartiers déterminés (en résumé le quartier des ambassades). Désormais nous pouvons à peu près vivre où bon nous semble à Pékin, à condition bien sûr de se déclarer à la police la plus proche et ce dans les 24 heures suivant notre arrivée. Or, en ce qui me concerne, arrivée le 4 septembre je n’ai pu me déclarer avant le 23 septembre. La propriétaire n’était pas disponible, je travaillais tous le jours, bref autant d’excuses pour que de 24 heures sans être déclarée je passe à 20 jours, soit 480 heures de trop qui me valurent un grognement réprobateur de la part de l’agent de police et de sévère menaces d’amende. Ma propriétaire et moi (à vrai dire plutôt elle que moi puisque de mon coté je pus aisément prétendre ne pas comprendre un mot de chinois) avons donc eu droit à une séquence de remontage de bretelle en règle. L’agent au guichet nous annonça très énervé que nous avions violé les règles de la République Populaire de Chine et bla bla bla. L’affaire étant « grave » je devais me rendre au commissariat central pour régulariser ma situation. Une demi-heure de vélo plus tard nous voici face à la guérite des gardiens du commissariat central, où on me fait comprendre qu’a priori un samedi plus personne ne travaille. Ils daignent néanmoins appeler un certain M. X (je l’appellerai ainsi ne sachant ni son nom ni sa fonction) que nous attendons ½ heure dans la rue (apparemment le principe de la salle d’attente n’existe pas dans la police chinoise), toujours plantées devant la guérite de l’entrée. Notre sauveur M. X arrive finalement d’un pas nonchalant, en tong et en short, et pas franchement rasé. Sort-il du lit ? Nous ne le saurons pas car sans même m’adresser la parole (ma propriétaires m’avait de toute façon exhorté à ne pas parler sauf pour dire « pardon, excusez-moi, je ne savais pas, je ne comprends pas le chinois » si on me demandait pourquoi je ne m’étais pas déclarée à temps) M. X se saisit de mon passeport et repart vers l'endroit d'où il était venu. C'est-à-dire on ne sait pas trop où. Donc résumons la situation : un mec en short vient de me prendre mon passeport au milieu de la rue pour l’amener je ne sais où. Mais tout va bien ! Heureusement M. X notre agent de choc revient avec mon passeport et nous emmène dans une salle vide où se trouvent uniquement un bureau et une chaise. Il rédige une note d’avertissement m’exhortant à ne pas recommencer. La punition étant finalement légère, la lecture de cette avertissement fait beaucoup sourire ma propriétaire qui jusque là avait eu l’air plutôt inquiète. Je repars donc en direction du commissariat de quartier (ceux qui m’avaient remonté les bretelles deux heures auparavant) qui semblent avoir totalement oublié notre petit contentieux, rédigent mon certificat d’hébergement et plaisantent avec ma propriétaire. Bref un condensé d’absurdité administrative avec d’un coté le côté très menaçant de la police chinoise qui fait trembler tous les Chinois et de l’autre la désorganisation totale et la vaste plaisanterie d’un M. X sortant en short et en claquettes me faire mes papiers dans la rue… et une matinée ensoleillée de perdue.

Le lendemain, c’est en règle avec les glorieuses lois de la République Populaire de Chine que je pus partir le cœur léger pour une balade dans la campagne pékinoise. Le blog que j’avais cité dans le post précédent parle de la Chine comme d’un endroit où l’on teste chaque jour toute sorte de solidité : solidité financière, solidité nerveuse, solidité psychologique, solidité de votre santé, etc...De fait, même pour une partie de campagne du dimanche notre résistance est mise à rude épreuve. Etape un : une fois le lieu de destination identifié, l’essentiel consiste à trouver comment s’y rendre. L’aventure commence tout juste car malgré toutes nos recherches (et la présence dans nos troupes d’une chinoise), nous avons dû faire trois arrêts de bus tous plus éloignés les uns des autres pour pouvoir enfin comprendre d’où partait ce satané bus. Le premier arrêt n’existait plus (sans que personne ne sache vraiment depuis quand ni pourquoi), le deuxième existait mais le chauffeur de bus avait la flemme...le troisième fut le bon. Apres avoir attendu près de ¾ d’heure au bord d’une grande avenue ultra polluée, le bus arrive enfin. Vous vous rendez alors compte que aviez rendez vous au premier arrêt de bus à 7h30, et qu’il est déjà 10h mais soit, vous avez enfin trouvé le moyen de vous échapper de Pékin et c’est l’essentiel. Vous n’êtes pas au bout de vos peines car la bonne surprise est que le bus est plein et qu’il ne reste plus un seul siège (et mieux vaut ne pas compter sur un Chinois galant pour vous laisser sa place). Pour un trajet de 2h rien de plus agréable. Enfin nous arrivons au lieu tant convoité : Shidu. Shidu signifie « les 10 gués ». C’est une enfilade de dix petites rivières encaissées entre de hautes montagnes finement découpées.
Un paradis me direz-vous ? C’est sans compter la conception toute chinoise de la nature. En effet en Chine, bien souvent la nature n’a plus grand-chose de naturel. A Shidu les Pékinois peuvent opérer un véritable retour aux sources en pêchant le poisson qu’ils vont manger…dans des bassins où ont été préalablement déposés des poissons obèses nourris des restes du restaurant attenant. De la même façon, cela ne semble choquer personne qu’on ait mis ce qui s’apparente presque à une nationale pour relier les différentes gorges entre elles (ce qui rend obligatoire le trajet en mini-train décoré), qu’on soit en train de « réparer les gorges » dixit tous les Chinois rencontrés (il n’y a qu’en Chine qu’on éprouve le besoin
« réparer » des gorges naturelles, imaginez les gorges du Verdon remplies de bulldozers « pour cause de réparation ») ou que l'on doive payer 6 euros pour la seule ballade à peu près naturelle (mais hyper balisée) du coin que les femmes arpenteront en talons hauts et les hommes en chaussures de ville et costume noir. Shidu n’en reste pas moins une destination agréable où ont vient faire sa photo de mariage, manger des fruits secs et de petits scorpions (dans la petite bassine rouge et blanche de la photo !!!), bref une escapade bienvenue, loin du chaos pékinois.

Et en matière de chaos rien n’est comparable à celui qui règne en ce moment même dans toute la Chine. En effet en cette semaine de fête nationale, Pékin est en état de siège. Comme je l’avais expliqué dans le blog Beijing Story de l'année dernière, les Chinois n’ont que trois semaines de congés par an. Ces trois semaines correspondent au trois fêtes principales du pays : le nouvel an chinois, le 1er mai et le 1er octobre (jour de la fondation de la République populaire de Chine et fête nationale). Ce sont donc deux millions de vacanciers chinois affamés de vacances, de hordes de mangeurs de brochettes, de porteurs de casquettes, de guides hurlant qui ont déferlé sur Pékin ces derniers jours. Un enfer sur terre. Toutes les grandes zones touristiques et commerciales de la ville sont noires de monde (comme vous pourrez le constater par vous même sur les photos ci-dessous, prises le 2 octobre). Que faire, fuir ? Impossible, les billets de train, d’avion ou de bus sont épuisés depuis des semaines. Alors il ne reste plus qu’à faire comme les vieux pékinois : abandonner toute idée de voyage ou de promenade dans quelque lieu touristique que ce soit, dédier ses journée à aller voir amis (à défaut de famille) et manger des kilos de yue bing (月饼), ces gâteaux de lune célébrant la fête de la mi-automne toute proche (et sujet d’un prochain post). En attendant patiemment que le travail recommence (c'est à dire aujourd'hui. Mais je m’attends à des jours calmes au bureau, la grande majorité des gens ne rentre de vacances que le 8)…

Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Jeudi 21 septembre 2006 4 21 /09 /Sep /2006 06:02

Pékin qui rit, qui pleure, on ne sait plus trop : Pékin qui change en tout cas, énormément et à une vitesse démente. J'avais déjà été étonnée l'an dernier de la vitesse à laquelle les choses pouvaient se transformer ici. Je me rappelle encore de ma surprise lorsque, après avoir choisi pour organiser ma fête d'adieu un lieu où nous avions fait la fête une semaine auparavant, je me suis rendue compte qu'une semaine avait suffit pour que ce bar se soit transformé en tas de ruines. Et encore ce n'était qu'un bar... Que dire lorsque c'est un quartier entier qui disparaît.
J'avais évoqué dans mon blog précèdent (le défunt Beijing Story pour ceux qui me suivent depuis l'année dernière) la question des destructions massives du vieux Pékin marquant la préparation des Jeux Olympiques de 2008. J'étais encore loin du compte... Je vous laisse découvrir ou redécouvrir ce post de février 2005
qui pourra vous aider à comprendre l'article qui suit : http://beijingstories2004-2005.over-blog.com/article-3884283.html


Où en sont les choses plus d'un an après ? Je pense que le suspense n'est pas vraiment insoutenable et que vous n'aurez aucun mal à deviner ce qui est advenu (ou en train d'advenir) de ce qu'il restait encore des vieux quartiers de Pékin en 2005.
En fait, la municipalité de Pékin aurait déjà rasé et reconstruit l'équivalent de la superficie de Paris intra-muros. Et en effet, dès mon arrivée, j'ai été frappée de voir combien certains endroits si familiers étaient devenus méconnaissables. Que les bars, les restaurants aient changé soit, mais bien souvent ce sont des pans entiers d'un quartier qui se sont purement et simplement volatilisés. Perte de repère totale dans une ville que je connaissais comme ma poche. Et pourtant jusqu'à dimanche, le choc n'avait pas été si fort. Car c'est dimanche dernier, en découvrant la disparition d'un des quartiers les plus vivants de Pékin, Qianmen, que j'ai vraiment pris la mesure de ce qui était en train de se passer.

Qianmen est un quartier d'environ 25 hectares, à quelques pas au sud de la place Tian An Men, juste derrière la monumentale porte Qianmen ("la porte de l'avant") qui marquait autrefois les limites de la ville. Cinq siècles durant, Qianmen a abrité les maisons de thé, les riches marchands, les poissonniers, les bordels et les étudiants venus à Pékin pour se présenter aux examens mandarinaux (à côté desquels le concours de l'ENA fait figure de blague !). Après avoir traversé deux dynasties, résisté aux attaques des « Boxers » (insurrection anti-coloniale de la fin du XIXe siècle qui s'était donnée pour but de rendre le trône impérial à un empereur chinois et de chasser les Occidentaux), des Huit armées alliées (suite aux guerres de l'opium du XIXe siècle, les Traités inégaux forcèrent l'empire chinois à diviser son territoire en zones d'influence attribuées aux Huit armées étrangères alliées) et du temps, Qianmen était resté l'un des rares quartiers pékinois préservant un mode de vie originalement chinois, organisé autour de hutongs (rues) sinueux et de vieux siheyuans (maisons partagées entre plusieurs familles et organisées autour d'une cour carrée) poussiéreux. Qianmen était un point névralgique de Pékin, où on se déplaçait encore en vélo ou à pied, où on vendait et on trouvait de tout. Et quel plaisir de s'y promener, dans un bain de foule bigarré, un dimanche après-midi.
Or dimanche dernier Qianmen n'était plus. Je me suis retrouvée avec mon petit vélo jaune (on dirait qu'il est la seule chose qui n'ait pas changé ici, malgré la rouille et son année sous la pluie : c'est mon point de repère à Pékin) face à un tas de ruines. C'est un peu comme si, après un an d'absence, vous retourniez à Paris pour constater que le Marais avait purement et simplement été rasé et qu'à la place gisait des champs de gravats fouillés par quelques gamins. Toutes les rues autrefois si grouillantes de vie sont désormais battues par les vents. La plupart des hutongs n'ont pas encore été détruits mais il en reste encore le squelette, des maisons vides, aux fenêtres brisées. Plus un bruit, plus personne à l'intérieur, ça ferait presque froid dans le dos.

Mais où sont passés tous ces gens, que leur est-il arrivé ? Alors on écoute, on lit, on tente de s'informer. Les journaux occidentaux parlent de 100 000 habitants, sommés de quitter leurs foyers au début du printemps. Un mois pour déménager en acceptant les maigres compensations proposées, faute de quoi, c'est l'expulsion manu militari. A la place des quelque 30 000 foyers expulsés, on parle d'un plan d'urbanisme prévoyant de construire des galeries marchandes «haut de gamme» et 800 maisons de «style traditionnel» dont le prix d'entrée sera de 20 millions de yuans (2 millions d'euros) chacune ! Qui les achètera ? Libération cite un riverain : «Notre pays ne manque pas de fonctionnaires corrompus». En effet, à ce prix-là, aucun espoir pour les habitants de revenir dans leur quartier. On leur propose 8 000 yuans (783 euros) par mètre carré ou un logement dans une cité-dortoir à plus de quinze kilomètres du centre, au-delà du cinquième périphérique. Quelques associations de propriétaires tentent des procès. En vain. «La presse est forcée de rester muette, il n'y a pas de débat public autorisé. L'argent l'emporte sur l'héritage historique», déplore la militante Hua Xinmin. Urbanistes et architectes, eux, se plaignent surtout du manque de transparence, d'appels d'offres truqués, de qualité minimale et de la profitabilité à court terme des projets retenus.

Autre son de cloche du côté des Chinois. En effet, je voudrais éviter à tout prix un manichéisme simplificateur qui me ferait tout mettre sur le dos de mystérieuses autorités chinoises forcément malveillante et larmoyer sur le mode de vie « simple mais tellement authentique » des habitants de Qianmen. On parle d'expulsions forcées, on parle d'un homme s'immolant par le feu quand la police a brisé les portes de son magasin et jeté tous ses articles sur la chaussée. Difficile donc de ne pas s'émouvoir. Peut-on raisonnablement ne pas crier à la tragédie ? Pour la plupart des Chinois avec lesquels j'en ai discuté, peu d'hésitations. Même pour ceux qui habitent dans de vieux siheyuans et savent ce que la menace d'expulsion signifie. Ils reconnaissent que tout détruire n'est sans doute pas la meilleure solution mais avouent que de toute façon, Qianmen était un chaos de maisons délabrées et de rues sales qui devait nécessairement être amélioré. Quant aux conditions d'expulsions et relogements, ils estiment qu'il faudrait peut être parfois nuancer un certain sensationnalisme des médias occidentaux. Une amie chinoise qui avait traduit l'interview d'une de ces fameux expulsés m'avouait même ses doutes quant à la véracité des dires des personnes interviewés. En effet cette dame affirmait avoir vu sa maison détruite du jour au lendemain, sans avoir reçu ni avis ni indemnisation, or selon mon amie, n'entendre que sa version des faits n'était sans doute pas le meilleur moyen de faire toute la vérité sur l'affaire. En effet, pourquoi ne demandait t-on pas leur avis aux autorités accusées ? Et pourquoi les voisins (les siheyuans étant en général partagés entre plusieurs familles) ne s'étaient pas plaint eux ? Et mon amie (que je ne pourrais pas qualifier de fervente militante du parti) d'ajouter qu'il était trop facile d'accuser la Chine d'être une dictature sans foi ni loi en se basant sur des informations biaisées.

Qui croire et que croire donc ? Que la rénovation urbaine de la plupart des quartiers du vieux Pékin est une bonne chose pour des milliers de gens qui, jusque là, vivaient dans des conditions très précaires, dans des maisons insalubres sans sanitaires, ni chauffages. Ou bien, comme l'entendent la plupart des médias occidentaux, que règnent évictions forcées, indemnités faibles, corruption et intimidation. La réponse, comme bien souvent, se trouve sûrement à mi-chemin. Je dois ajouter qu'il est difficile de se faire une opinion dans un pays où l'opacité est loi et où la dissimulation est depuis longtemps la règle du jeu. Les habitants expulsés ne disent peut être pas toute la vérité, les médias n'ont peut être pas toutes les données et se laissent aller à la facilité d'accuser des autorités assez peu exemplaires, mais le problème est aussi que les responsables des destructions, la municipalité, les urbanistes, restent tous mystérieusement vagues quant au devenir des ces quartiers, comme s'ils avaient quelque chose à cacher.

Je ne pourrais trancher entre le droit des gens à un logement digne et le droit à vivre où bon leur semble quand tous devraient pouvoir jouir des deux à la fois.
Mais je pense nécessaire de souligner l'hypocrisie sous-jacente de tous ces projets de "réhabilitation" qui, sous couvert de préservation de l'héritage culturel (voir les photos ci-contre des panneaux apposés contre les façades des maisons en attente de démolition proclamant : « préserver l'héritage culturel historique ») détruisent à tour de bras le vrai Pékin, celui des gens, pour le remplacer par un Pékin de la consommation effrénée et de l'argent. Ces projets qui, sous couvert de fournir à la population des logements plus décents, transforment des quartiers du centre en îlots de luxe, où les anciens habitants expulsés n'ont plus les moyens de se loger. Pour citer le blog d'un urbaniste (donc je vous conseille la consultation : http://movitcity.blog.lemonde.fr/movitcity/2006/08/one_world_one_d.html) : « comment espérer quoique ce soit pour la prise en compte du tissu ancien de Beijing quand il est possible de récupérer tant de terrains en plein centre-ville où construire des kilomètres carrés qui rapportent tant ? ».

Alors les panneaux exhortant à la « préservation de l'héritage culturel» me font bien rire : héritage, mais quel héritage ? Est-ce qu'un centre commercial avec un immense Mac Donalds dans le style Ming fait partie du patrimoine chinois ? Je veux bien avouer que notre conception occidentale de « patrimoine » est totalement étrangère aux Chinois qui ne portent pas un intérêt à la pierre mais à l'esprit d'un lieu et que celui-ci est censé demeurer malgré les destructions. Il n'y a qu'à voir d'ailleurs la façon dont les gens se réapproprient les grandes tours de bétons construites à la place de leurs petites maisons? Et pourtant je dois confesser mon immense tristesse et un grand sentiment d'impuissance face à ce qui est arrivé à Qianmen. Et une absence totale de solution pour un quartier inexorablement voué à disparaître. Un patient travail de reconstruction, de réhabilitation aurait été envisageable mais restait trop coûteux et trop lent pour un pays où tout doit aller vite, et une ville où tout doit être prêt lorsque les yeux du monde se tourneront vers elle en 2008, pour les Jeux Olympiques. Mais pour voir quoi...?


Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Jeudi 14 septembre 2006 4 14 /09 /Sep /2006 12:32

Beaucoup de travail ces derniers jours et donc rien de très excitant à vous raconter enfermée que je suis entre quatre murs malgré le ciel bleu depuis samedi (assez incroyable à Pékin) et la douceur de septembre. Par contre une petite chronique du concert de samedi soir s’impose. Non pas tant concernant la qualité musicale (incontestable) du groupe mais plutôt concernant l’ambiance d’un concert de rock en Chine.



Rappel des faits : samedi soir Placebo jouait pour la première fois en Chine dans le cadre du Chaoyang Pop Festival. « Nous ne sommes pas d’accord avec certaines politiques de la Chine mais…», le ton était donné : pas d’accord mais sans vagues.

Première donnée propre au festival : le prix. En effet ici c’est assez rédhibitoire, les 150 yuans (environ 15 euros) du billet représentent la moitié du salaire moyen d’un pékinois. Autant dire que ce genre d’événements est réservé à un type de population aisé. Un public qui a les moyens donc, mais également relativement occidentalisé puisque venu écouter un groupe non-chinois chantant en anglais. Bref, la jeunesse chinoise dorée gentiment branchée, ultra-occidentalisée et énormément de jeunes occidentaux (dont moi).

Si le public se rapproche pas mal de celui que nous trouvons dans tous les festivals d’Europe, la forme du concert reste elle bel et bien chinoise. Déjà une forêt de places assises au premier rang, assez difficilement concevable dans un festival qui se veut rock. Ensuite et surtout des chaises pliantes disséminées sur toute la surface du festival avec, posés dessus, de gentils policiers surveillant la foule. Donc un peu comme des champignons, sur les pelouses du parc de Chaoyang poussent des flics chinois qui n’ont pas l’air de trop comprendre ce qui se passe sur scène et encore moins ce qui se passe dans la tête de ces jeunes mal coiffés qui jonglent en buvant des bières. Assez cocasse.

Finalement le concert tant attendu se révèle, sans grande surprise, assez mou face à un public plus que passif. En effet le public chinois n’est pas ceux qui s’enflamment et jettent leurs sous-vêtements sur la scène. A la fin du concert, pas même un bis, le groupe est obligé de revenir de lui-même sur scène pour saluer mais de toute façon la moitié du public est déjà partie. Bref, sûrement pas le meilleur concert pour Placebo mais le simple fait que Pékin puisse accueillir ce genre d’évènements commercialo-subversifs (difficile de dépasser le légèrement subversif lorsqu'on est en Chine et que le concert en question est produit par une énorme compagnie) est bien le signe que la Chine a laissé loin derrière les opéras révolutionnaires.

Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Vendredi 8 septembre 2006 5 08 /09 /Sep /2006 05:04

Sans même avoir le temps de comprendre ce qui m’arrivait, après deux mois et demi à tenter de rester éveillée dans des avions pleins à craquer, à servir des plateaux repas entre les fuseaux horaires, les adieux sont faits, les valises débordent et je pars. L’été est passé si vite et je ne peux pas croire que nous sommes déjà le samedi 2 septembre et qu’il est l’heure de monter dans cet avion (où je serai pour une fois passagère, rare privilège) qui m’emmènera pour un aller-simple vers Pékin. Une nouvelle aventure commence, j’ai terminé mes études et c’est véritablement la première fois que je retourne m’établir dans un endroit que j’ai choisi au lieu de courir à l’aventure « pour voir », pour découvrir quelque chose de totalement nouveau. Chili, Uruguay, Chine : jamais deux fois au même endroit, rarement sur le même continent. Cette fois c’est donc différent, Pékin c’est non seulement du déjà vu, mais en plus j’en redemande. Comprenne qui pourra, pour moi Pékin ce n’est pas, ce n’est plus, l’aventure, sinon rien de moins qu’un endroit où je me sens davantage chez moi qu’à Paris tout en m’y sentant perdue et déroutée comme nulle part ailleurs.

18h55, je quitte la France de Sarkozy (pour la Chine de Hu Jintao, pas franchement mieux à vrai dire) en assistant, dans l’avion, à l’expulsion ratée de deux chinoises devant être renvoyées en Chine. « PNC préparez vous pour le décollage », me voila donc projetée vers une autre galaxie, hésitant entre la sensation d’être en train de commettre la plus grande bêtise de ma vie et l’impression de voguer vers ce qui est avant tout ma galaxie. Pourtant pas d’inquiétude, et ce encore moins lorsqu’on voyage en business. En effet, mon dur labeur estival chez Air France me vaut le droit à un heureux surclassement, j’en profite pour faire mes adieux au foie gras, au fromage sur une tranche de pain Poilâne et autres petits feuilletés aux pommes.

Dimanche 3 septembre, 10h55 : arrivée à Pékin. L’avion est un moyen de transport si brutal. Quelle arrivée différente de la première, me voila brutalement plongée d’un univers à autre, sans transition ni adaptation possible. Plus de lente progression au rythme du transsibérien, cette fois-ci je n’ai pas vu arriver l’Asie.

Plongée sous une chape de pollution, la ville a changé, certes. Je n’ai même pas reconnu l’endroit où je passais tous les matins en vélo pour aller au travail l’an dernier. Pourtant, très rapidement, je retrouve les odeurs (l’odeur des cigarettes chinoises, de l’air, des rues), les bruits (et je ne parle pas seulement de celle des crachats, il y a surtout ce parlé pékinois si particulier, plein de « rrrr » gutturaux), les ambiances et cette sensation d’être observée et dévisagée, ce regard curieux des chinois posés sur la laowai (étrangère) que je suis. Je retrouve aussi la cuisine chinoise que j’aime tant, ces saveurs qui m’épatent même dans le plus modeste des restaurants où une armada de xiaojie (serveuses) en uniforme vous regardent manger en riant.

Les premières nuits, les insomnies ne me laissent pas en paix mais quatre jours plus tard l’acclimatation est déjà faite. Retrouvailles avec les amis laissés ici, les ex-collègues, la routine pékinoise… Prise de mes nouvelles fonctions également, j’ai commencé à travailler lundi 4, le lendemain de mon arrivée, tout se passe pour le mieux même si je suis déjà débordée et (pour le moment) heureuse de l’être, mon travail me plaît beaucoup.

Je retrouve aussi et surtout la Chine qui me fascine. Premières émotions chinoises, ces petits riens, ces découvertes qui me manquaient tant à Paris. Lorsqu’on me demandait ce que je trouvais si extraordinaire en Chine, je répondais que c’était cette sensation d’apprendre chaque jour. Apprendre en regardant les gens vivre, tout simplement. Ces derniers jours, une vieille dame qui peine à marcher avec ces minuscules pieds bandés, portant tout le poids de l’Histoire chinoise sur ces petits pieds mutilés. Ces femmes aux pieds bandées, nées bien avant la République Populaire, ne sont plus qu’une très faible minorité, c’était d’ailleurs la première fois que je voyais ces fameux pieds bandés. Si les pieds bandés font partie intégrante des mythes occidentaux sur la Chine, cette pratique hautement érotique aux yeux des Chinois durant des siècles, est tombée en désuétude bien avant l’avènement de la Chine communiste En réalité, dès 1902, des édits impériaux interdisent la déformation des pieds. Mais il faudra attendre 1911 et la naissance de la République pour que la pratique soit définitivement abandonnée. Autre instantané, autre émotion, une danse des dragons improvisée (enfin ici rien n’est jamais improvisé, tout avait dû être répété depuis des jours mais un beau matin, à 9h du matin ils se mettent à danser sans que vous sachiez vraiment pourquoi et à quelle occasion). Trois grands dragons chatoyants bondissant devant le gymnase de travailleurs, sur le chemin du bureau. Peut être un peu cliché tout ça mais ça suffit à m’émouvoir… Et ça suffit aussi à me faire oublier la soirée entière passée à déboucher toutes les canalisations explosées de mon appartement (vieille tradition chinoise : "'qui n’a pas passé toute une soirée à éponger une inondation, une bouteille de Destop à la main, n’est pas Chinois"), la pollution qui rend l’air irrespirable, certaines habitudes peu ragoûtantes des Chinois (je vous expliquerai un jour leur technique bien à eux pour se nettoyer les oreilles, pas besoin de coton tige), les incompréhensions avec mes collègues chinois aux méthodes (si toutefois il est possible de parler de méthode) de travail radicalement différentes.

Et je n’ai donc pas fini de m’émerveiller et de rager, de soupirer et de m’extasier, j’ai encore neuf mois pour vivre tout ce que je n’avais jamais pu ressentir à Paris.

Dans l’immédiat, avant l’émerveillement, devront passer des contingences autres : l’achat d’un vélo (14 mois dehors sous la pluie et le vent ont eu raison de mon ancien vélo jaune moutarde), la recherche d’une prof de chinois (puisqu’à ce niveau là j’ai parfois l’impression d’être aussi rouillée que mon vélo). Et puis une petit récompense, avec Placebo en concert samedi pour 15 euros (Chaoyang Pop festival), disons que ce sera une plongée anthropologiquement intéressante dans le public rock pékinois (ok, ok Yuvany, j’arrête de dire n’importe quoi), un meilleur prétexte ?

La nuit est tombée, les grillons chantent, l’appel de la nuit pékinoise se fait sentir, wan an, bonne nuit !
Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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