Lundi 16 mars 2009
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Petite carte postale de Nankin, ville « moyenne » (6 millions d’habitants, rien du tout !) du Sud de la
Chine, patrie du « canard salé » (LA spécialité nankinoise par excellence) où j’étais il y a quelques jours...
Etant principalement partie là-bas pour le travail, j’ai passé mes trois premiers jours enfermée dans un hôtel (bon j'avoue je suis allée une fois chez H&M, introuvable à Pékin, mais ça ne
compte pas !) entre réunion et festins, aussi déprimant pour le moral que pour la ligne. J’ai toutefois pu profiter de mon samedi pour une escapade culturelle dans cette ville chargée
d’Histoire…
Nankin c’est d’abord une Histoire glorieuse puisque « Nanjing » comme on l’appelle en chinois (ce qui
signifie littéralement « capitale du Sud » par opposition à Pékin « capitale du Nord ») fut plusieurs fois capitales de la Chine, notamment au début de la dynastie Ming. En témoignent les
vestiges (palais, temples…) qui parsèment la ville, le plus connu étant le tombeau de l’Empereur Ming Xiaoling (fondateur de la dynastie Ming) et sa voie sacrée d’animaux en pierre, sur la
Colline pourpre qui surplombe la ville. Je suis allée visiter ce tombeau avec d’autant plus d’enthousiasme que le mois de mars est le mois du « festival international du prunier » célébrant la
fleuraison de milliers d’arbres. « Colline pourpre », « pruniers en fleurs », « tombeaux Ming »…tout cela semble bucolique et follement poétique non ? Cauchemardesque oui ! Car nous sommes en
Chine, un samedi, et que la moitié du pays a décidé d’admirer les pruniers entre musique de kermesse, cris, nounours gonflables géants et odeurs de « tofu qui pue » (mon plus grand ennemi
olfactif en ce bas monde, le « tofu qui pue » - c’est son vrai nom - est une douceur typiquement chinoise à base de pâte de soja pourri, délicieux parait-il ; encore faut il passer la phase de
dégoût suscitée par son odeur).
Colline pourpre et pruniers en fleurs
Non loin du tombeau de Ming Xiaoling, toujours sur la Colline pourpre, on trouve le tombeau de Sun Yat Sen, rappelant que la ville a été capitale du parti Guomindang à partir de 1912. Sun Yat
Sen, leader révolutionnaire, fondateur du Guomindang et premier président de la République de Chine est aujourd’hui vénéré comme le véritable père de la nation moderne. Les Chinois n’oublient pas
le rôle qu’il a joué au moment de la chute de l’Empire (à laquelle il a activement participé) et c’est le seul personnage historique moderne à faire l’unanimité, aussi bien en Chine continentale
qu’à Taiwan. Il repose dans un mausolée grandiose tout de bleu et de blanc, où défilent chaque jour des milliers de personnes avec une ferveur somme toute assez relative (appareils photos,
portables tonitruants, boutiques de souvenirs débiles…).
Promenade "familiale" au mausolée de Sun Yat Sen
Mais Nankin c’est aussi une Histoire sombre, la ville ayant été le théâtre de plusieurs grands massacres, le plus tristement célèbre étant celui de 1937, lors de la prise de la ville par l’armée
japonaise. Après d’intenses bombardements, les habitants de la ville connurent les pires atrocités de la part des soldats japonais, qui laissèrent derrière eux plus de 300 000 victimes tuées lors
d’exécutions collectives ou individuelles. Le temps a passé mais le « massacre de Nankin » reste une plaie béante dans la mémoire collective chinoise et l’un des principaux point d’achoppement
des relations sino-japonaises. Au Japon, il est à peine mentionné dans les manuels d’histoire, certains Japonais allant jusqu’à en nier l’existence ou à en minimiser la violence. Du massacre il
reste aujourd’hui une mémoire meurtrie et un mémorial bâti sur un vaste charnier, à la sortie de la ville. Un lieu macabre qui vous glace le sang et où la foule se presse face aux photographies
et aux vidéos témoignant des crimes japonais. La dernière salle de l’exposition a beau être consacrée à la réconciliation sino-japonaise, on est encore loin du compte pour des pays où règne un
nationalisme féroce.
Me voilà désormais loin des brumes et des brouillards du Sud, profitant du ciel bleu pékinois, de mes derniers jours de chauffage (qui s’arrête demain normalement) et travaillant "d’arrache-pied"
(bon, j'ai repris des cours de chinois, c'est déjà pas mal non ?) pour passer mon diplôme de chinois dans un mois...
Nankin sous la brume
Par Xiao Zhu
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Publié dans : Chroniques chinoises
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Vos commentaires sur la Chine sont très diverstissants, rafraichissants et très francs.
Pour le tofu-qui-pue, votre mouvement de rejet est le même que les chinois(es) envers le camembert ou le roquefort.... Je me demande parfois si la puanteur gastronomique qui écarte nos deux cultures n'est pas un orgueil nationaliste de celui qui ne veut pas admettre que l'on pue autant que l'autre ! Avez-vous testé le tofu-qui-pue pimenté ? C'est une couche de plus !