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Chroniques chinoises

Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /Mars /2009 15:21
Quelques nouvelles du front pékinois, éparses et décousues, entre retour à l’ère glaciaire, travail et projets de voyage.

La première (mauvaise) nouvelle du front, c’est le retour du froid (et quand je dis froid, c’est vraiment froid, nous avons même eu de la neige hier !) et, je vous le donne en mille, le chauffage qui s’est arrêté depuis une semaine. Donc l’équation est simple : plus de chauffage + froid polaire / isolation 0 = sexy attitude totale avec chaussettes, bouillottes (une pour les mains, une pour les pieds), chaufferette électrique à plein régime (qui est devenue ma meilleure amie et vit désormais sur mes genoux) et gros pyjama en pilou pilou obligatoire.

Deuxième nouvelle c’est mon travail, que j’apprécie d’autant plus maintenant que je sais que je le quitte dans quelques mois… Je me rends compte que je n’avais jusqu’à présent jamais vraiment parlé de mon travail dans ce blog. Un job pourtant sympa puisqu’il consiste, pour faire (très) simple, à programmer et gérer l’organisation de fêtes à Pékin et dans toute la Chine. Un peu comme si j’étais payée pour organiser de grandes boums géantes avec tous mes artistes préférés ! Et là je vais vous parler de Hip-hop mais j’aurais très bien pu vous parler de rock, de musique baroque, d’électro, d’expo photo… Bref le champ d’expérimentation est vaste !
Samedi dernier donc, étape pékinoise de la tournée « Hip-hop en VF », tournée que je montais (avec les Belges, les Suisses et les Canadiens) dans le cadre de la Semaine de la francophonie afin de faire découvrir au jeune public chinois la diversité de la scène musicale Hip-hop qui rappe en français. Il faut dire qu’en Chine comme partout ailleurs le Hip-hop est d’abord sous perfusion américaine. Sa singularité étant qu’au lieu de venir de la rue, il est surtout récupéré par les milieux les plus aisés.
« Etre hip hop » en Chine c’est avant tout être capable de s’acheter l’intégral jogging blanc Adidas (même pas de contrefaçon !), la voiture de mac’ et de se payer son whisky-thé vert en boite. Donc pour le côté « culture de la rue » on repassera. Un Hip-hop d’autant plus toléré qu’il est absolument non contestataire et au service d’un consumérisme total. La tournée « Hip-hop en VF » essayait plutôt de prendre le contre-pied des clichés sur le genre (filles, grosses voitures, total look bad boy et textes aussi plats que l’encéphalogramme de Jean-Claude Van Damne). Ce que nous voulions c’était justement donner l’occasion de découvrir une autre facette du Hip-hop, avec des artistes ayant un univers musical propre, des textes plein de poésie, et beaucoup de choses à dire… Pas forcément des artistes contestataires mais des gens qui essaient tout simplement de nager contre le courant du mainstream et du son calibré. Ce qui dans le monde entier, et plus particulièrement en Chine, est déjà une petite révolution.


La tournée s’est achevée samedi dernier à Shanghai et le bilan est positif puisque partout, les quatre groupes (France, Belgique, Canada et Suisse) ont fait salle comble et qu’à Pékin nous avons reçu 900 personnes, curieuses d’abord puis complètement survoltées ensuite (et attention, quand le public pékinois se déchaîne, « c’est du lourd » comme dirait Abd Al Malik), pour 7 heures de musique non-stop. Et dans la salle, rien de moins que l’Ambassadeur de France, dont ce n'est pourtant pas le genre musical de prédilection, "kiffant la vibe" casquette sur la tête et Cui Jian, l’empereur du rock chinois (lui aussi avec sa casquette sur la tête mais là ça fait partie du personnage !).
Pour voir ce qu'en dit la presse officielle chinoise, c'est par ici, et en français (c'est que ça a l'air de leur plaire en plus !) :
Xinhua
Le Quotidien du Peuple

Enfin (et sans transition…) last but not least, je suis en train de concrétiser une de mes dernières folies… Après Cuba, le Vietnam et quatre ans passés en Chine, je continue mon « hit-parade » des dictatures communistes (oui, je sais c’est de mauvais goût…) avec … la Corée du Nord. En espérant que d’ici là la situation ne se soit pas tendue davantage... J’ai encore du mal à imaginer ce qui m’attend là bas. Sans doute une plongée dans l’univers de George Orwell ; où comment aller jusqu’au bout de ses cauchemars. Cela n’aura certes rien d’un voyage d’agrément, mais ça fait un petit bout de temps que me trotte dans la tête l’idée d’aller voir par moi-même ce que réserve ce pays hors du temps, hors des lois, hors de la raison.
La suite…au prochain épisode !

Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 14:02
« Beurk » c’est le mot du jour. Prononcé bien souvent en Chine mais encore plus en ce jour d’alerte à la pollution. Depuis deux jours tout est baigné dans une brume rose suspecte, vraiment dégoûtante. Mais aujourd’hui, alors que cela ne m’était jamais arrivé auparavant (même pendant les pires alertes à la pollution), l’air m’est devenu complètement irrespirable. Une odeur de détergent chimique pénétrant même par les fenêtres du bureau. Et que j’ai dû affronter une écharpe sur le nez pour rentrer chez moi tant j’avais l’impression de me remplir les poumons de gaz nocifs. Alors beurk, beurk, et rebeurk, si c’est ça le printemps, rendez nous donc l’hiver !

Et pendant ce temps là on consomme, on consomme... Il fait 29 degrés dehors (non je ne suis pas marseillaise mais j’ai bien passé la journée en manches courtes, plutôt anormal pour un mois de mars -
« réchauffement quoi ?» -, surtout lorsqu’on sait que les températures descendaient encore sous le 0 la semaine dernière) par contre le chauffage central lui tourne, à fond bien entendu. Le camarade chauffagiste a dû s’endormir sur le bouton « marche » car on aurait déjà dû nous le couper depuis dimanche. Alors, pour la première fois de mon existence pékinoise (attention, instant susceptible de rentrer dans les livres d’histoire), je me surprend à prier secrètement le camarade pour qu’il nous coupe enfin ce maudit chauffage qui fait ressembler mes soirées de mars aux canicules de juillet. Aux dernières nouvelles 30,5 degrés ce soir dans ma chambre ! C’est que c’est un solide mon beau radiateur en fonte. Après « beurk », le deuxième mot du jour c’est « basta » : on étouffe !

Demain pluie, les températures vont redescendre, mais je suis certaine que le camarade chauffagiste va prendre un malin plaisir à attendre le retour du grand froid pour nous couper le chauffage au petit matin ! Sadique !
Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /Mars /2009 13:56
Petite carte postale de Nankin, ville « moyenne » (6 millions d’habitants, rien du tout !) du Sud de la Chine, patrie du « canard salé » (LA spécialité nankinoise par excellence) où j’étais il y a quelques jours...

Etant principalement partie là-bas pour le travail, j’ai passé mes trois premiers jours enfermée dans un hôtel (bon j'avoue je suis allée une fois chez H&M, introuvable à Pékin, mais ça ne compte pas !) entre réunion et festins, aussi déprimant pour le moral que pour la ligne. J’ai toutefois pu profiter de mon samedi pour une escapade culturelle dans cette ville chargée d’Histoire…


Nankin c’est d’abord une Histoire glorieuse puisque « Nanjing » comme on l’appelle en chinois (ce qui signifie littéralement « capitale du Sud » par opposition à Pékin « capitale du Nord ») fut plusieurs fois capitales de la Chine, notamment au début de la dynastie Ming. En témoignent les vestiges (palais, temples…) qui parsèment la ville, le plus connu étant le tombeau de l’Empereur Ming Xiaoling (fondateur de la dynastie Ming) et sa voie sacrée d’animaux en pierre, sur la Colline pourpre qui surplombe la ville. Je suis allée visiter ce tombeau avec d’autant plus d’enthousiasme que le mois de mars est le mois du « festival international du prunier » célébrant la fleuraison de milliers d’arbres. « Colline pourpre », « pruniers en fleurs », « tombeaux Ming »…tout cela semble bucolique et follement poétique non ? Cauchemardesque oui ! Car nous sommes en Chine, un samedi, et que la moitié du pays a décidé d’admirer les pruniers entre musique de kermesse, cris, nounours gonflables géants et odeurs de « tofu qui pue » (mon plus grand ennemi olfactif en ce bas monde, le « tofu qui pue » - c’est son vrai nom - est une douceur typiquement chinoise à base de pâte de soja pourri, délicieux parait-il ; encore faut il passer la phase de dégoût suscitée par son odeur).

Colline pourpre et pruniers en fleurs

Non loin du tombeau de Ming Xiaoling, toujours sur la Colline pourpre, on trouve le tombeau de Sun Yat Sen, rappelant que la ville a été capitale du parti Guomindang à partir de 1912. Sun Yat Sen, leader révolutionnaire, fondateur du Guomindang et premier président de la République de Chine est aujourd’hui vénéré comme le véritable père de la nation moderne. Les Chinois n’oublient pas le rôle qu’il a joué au moment de la chute de l’Empire (à laquelle il a activement participé) et c’est le seul personnage historique moderne à faire l’unanimité, aussi bien en Chine continentale qu’à Taiwan. Il repose dans un mausolée grandiose tout de bleu et de blanc, où défilent chaque jour des milliers de personnes avec une ferveur somme toute assez relative (appareils photos, portables tonitruants, boutiques de souvenirs débiles…).

Promenade "familiale" au mausolée de Sun Yat Sen

Mais Nankin c’est aussi une Histoire sombre, la ville ayant été le théâtre de plusieurs grands massacres, le plus tristement célèbre étant celui de 1937, lors de la prise de la ville par l’armée japonaise. Après d’intenses bombardements, les habitants de la ville connurent les pires atrocités de la part des soldats japonais, qui laissèrent derrière eux plus de 300 000 victimes tuées lors d’exécutions collectives ou individuelles. Le temps a passé mais le « massacre de Nankin » reste une plaie béante dans la mémoire collective chinoise et l’un des principaux point d’achoppement des relations sino-japonaises. Au Japon, il est à peine mentionné dans les manuels d’histoire, certains Japonais allant jusqu’à en nier l’existence ou à en minimiser la violence. Du massacre il reste aujourd’hui une mémoire meurtrie et un mémorial bâti sur un vaste charnier, à la sortie de la ville. Un lieu macabre qui vous glace le sang et où la foule se presse face aux photographies et aux vidéos témoignant des crimes japonais. La dernière salle de l’exposition a beau être consacrée à la réconciliation sino-japonaise, on est encore loin du compte pour des pays où règne un nationalisme féroce.

Me voilà désormais loin des brumes et des brouillards du Sud, profitant du ciel bleu pékinois, de mes derniers jours de chauffage (qui s’arrête demain normalement) et travaillant "d’arrache-pied" (bon, j'ai repris des cours de chinois, c'est déjà pas mal non ?) pour passer mon diplôme de chinois dans un mois...

Nankin sous la brume
Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Dimanche 22 février 2009 7 22 /02 /Fév /2009 13:50
Vendredi soir, alors que Pékin est encore sous la neige, j’assiste à la présentation du Pavillon France de l’Exposition Universelle Shanghai 2010. Vous savez, les expositions universelles ce sont ces grandes foires expo (mais sans les moules frites et les chichis) dont personne aujourd’hui ne comprend plus vraiment le sens… A l’origine, les expositions universelles avaient été créées en pleine révolution industrielle pour présenter les réalisations industrielles des différentes nations exposantes. Aujourd’hui, alors que tout le monde voyage, possède une télévision et un accès Internet pour admirer « les réalisations industrielles » de ses congénères, les expositions universelles j’ai bien l’impression que tout le monde s’en contrefiche un peu. Tiens, qui est capable de me dire, là, sans tricher (sans Google hein !), où a eu lieu la dernière exposition universelle (celui qui trouve gagne son poids en bœuf séché du Sichuan) ? En 2010 en tout cas, c’est Shanghai qui a été choisie et c’est la nouvelle lubie chinoise maintenant que la page JO est tournée. Un événement d’autant plus ambitieux que, contrairement aux JO, l’Expo va durer six mois, entre le 1er mai et le 31 octobre 2010. Les organisateurs attendent jusqu'à 100 millions de visiteurs qui pourront explorer les pavillons des 165 pays présents, répartis de part et d'autre du fleuve Huangpu, sur 322 hectares. Après Pékin, c’est désormais au tour de Shanghai d’attirer tous les regards et de devoir supporter travaux, hausse des prix et autres joyeusetés.


Vendredi dernier donc,
est dévoilée au public la maquette du bâtiment unique dessiné par l’architecte Jacques Ferrier (qui était d’ailleurs présent), dans le magnifique hall du Centre Ullens, le plus grand lieu privé dédié à l’art contemporain chinois. Foule de happy few et de pique-assiettes, parmi lesquels toute la communauté artistique, médiatique et un brin « j’me regarde le nombril » franco-chinoise venus découvrir THE pavillon (ça c’est le prétexte officiel, l’officieux étant bien sûr les coupettes de Moët et Chandon). Alors qu’à l'origine, chaque pays disposait d'un espace réservé dans un pavillon central, les pavillons nationaux sont désormais la règle. Le Pavillon c’est un peu la meilleure façon de se faire mousser devant les petits copains, absolument indispensable ! C’est pourquoi le nôtre fera 6000 m2, la surface maximale autorisée par l’organisation.

L'architecte en grande conversation


Moi j’avoue qu’en découvrant la fameuse maquette, notre fringuant pavillon me fait plutôt penser au fruit des amours coupables entre le Forum des Halles (emblème exemplaire s’il en est du génie architectural français n’est ce pas ?) et le Stade de France. Un peu dommage pour un bâtiment qui se veut « un nouveau type de construction urbaine à la fois intelligente, respectueuse de l'environnement et établissant de nouveaux rapports entre culture et nature, urbanité et sensualité. » Je vous rassure, tout ce bla bla arrosé de champagne passe nettement mieux même si tout occupé à poursuivre les serveurs pour grappiller trois macarons secs (« cocktail gastronomique » qu’il disait !) on a quand même un peu de mal à imaginer comment notre cher pavillon pourrait mériter son nom de « Ville sensuelle ». Oui, car selon les créateurs, le visiteur pourra y expérimenter ses « sept sens » (la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, le goût, mais aussi l'équilibre et le mouvement) en découvrant les « richesses de la France »... Tout cela pour la modique somme de 50 millions d'euros, financée à moitié par les entreprises et à moitié par l'État (ie vos impôts). Et  pour ce prix, contrairement aux autres bâtiments et à la demande de Sarkozy, il ne devrait pas être détruit à la fin de l'exposition mais rester en place afin de « conforter l'image de la France en Chine ». Et là, il y a du boulot… n’est-ce pas Mister President ? D’ailleurs, la Chine n'a toujours pas garanti que le bâtiment serait conservé.

Sinon vous serez heureux d’apprendre que j’avance dans ma liste des « ça c’est fait » à faire ABSOLUMENT avant de partir. Deux derniers « ça s’est fait» en date : reprise des cours de chinois ce soir et ski hier sur les pistes de Nanshan, à une heure de Pékin, avec vue imprenable sur la zone industrielle de Miyun (vivement les Alpes !).
Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /Fév /2009 14:20
Retour à mon blog, laissé à l’abandon depuis très très très longtemps… Mais pour mes derniers mois en Chine je vais essayer de le faire revivre… Tâche laborieuse s’il en est ! Parce qu’avec tout ce qu’il me reste à faire avant mon départ (parler enfin un mandarin impeccable, découvrir tous les endroits qui me restent inconnus, apprendre à faire le canard laqué et le poulet aux cacahuètes, ranger mon bureau encombré de working girl dans la perspective d’un départ programmé…), le temps me sera compté. Je compte donc sur vous pour me rappeler à mon devoir si vous constatez une absence prolongée.

Dernière session typiquement pékinoise de patinage sur les lacs gelés, ça c'est fait !

Depuis mon dernier post, beaucoup de mouvement mais peu de changement. Peu de changement car même travail, même appartement, mêmes amis, même vie. Beaucoup de mouvement avec Hangzhou, Chongqing, Angers, Marseille, Paris et plus récemment deux semaines de vacances aux Philippines (oh que c’était beau, un vrai paradis terrestre pour fanatiques de Koh Lanta), pour échapper aux pétards diaboliques du Nouvel An Chinois (au fait, bonne année du bœuf !). Je vous vois déjà vous dire « oh elle exagère, c’est marrant les pétards ». Oui mais attention, ici ça ne rigole pas, on ne parle pas d’un ou deux pétards comme ça pour s’amuser. Non ici les pétards 1/ c’est du sérieux (bien trop sérieux d’ailleurs pour confier ça aux enfants, le profil type du forcené du pétard : un cinquantenaire blasé en pyjama de sexe mâle) 2/ ça dure deux semaines nuit et jour 3/ ça a fait cramer l’une des plus hautes tours de Pékin. Donc non, ça ne rigole pas.

Sans transition...El Nido, Philippines

Ce soir, j’écris alors que la neige vient de cesser de tomber. Dehors tout est blanc, plus doux, plus beau. Une grande ville entièrement molletonnée. Pékin sous la neige : quelle beauté, quelle poésie…stop ! Je vous arrête tout de suite. Parce que cette jolie neige, si belle si blanche, et bien…ce n’est pas normal. En fait les autorités de la ville ont eu recours à un procédé artificiel pour augmenter les chutes de neige en envoyant de petites cartouches d’iodure d’argent grande comme des cigarettes dans les nuages. Incroyable n’est pas chinois ! Le procédé avait déjà été utilisé avant les Jeux Olympiques pour s’assurer que la pluie tomberait AVANT les Jeux. Cette fois-ci c’est la sécheresse qui nous vaut cette neige inespérée. En effet, pas une goutte de pluie depuis…le 24 octobre. Pour moi qui déteste la pluie, un automne au sec et un hiver sans parapluie c’est une vraie bénédiction, et je vois déjà briller vos regards envieux de parisiens trempés (ou londoniens trempés, ou angevins trempés, ou poitevins trempés, bref d’habitants de pays pluvieux et trempés 24 heures sur 24). Mais il faut avouer qu’après 110 jours sans une seule goutte de pluie, la région était frappée par la pire sécheresse depuis 38 ans et voyait son approvisionnement en eau menacée et les récoltes d’hiver ravagées. Apparemment d'autres chutes de pluie ou de neige programmées par le camarade météorologue devraient intervenir avant la fin du mois de février. La Chine, le seul pays où même la neige est de contrefaçon !

Ce matin, en allant au travail (et en essayant de ne pas glisser !)

Alors la prochaine fois que vous vous surprendrez à chanter « I’m dreaming of a white Christmas » ou à vouloir faire des bonhommes de neige en plein mois de juillet, rien de plus simple, demandez la solution aux météorologues pékinois, il se feront un plaisir de combler vos désirs les plus fous !
Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /Nov /2008 16:29

A quoi ressemble une élection présidentielle américaine vue de Chine ?

J’avais en 2007 raconté la façon dont nous avions vécu à Pékin la dernière élection présidentielle française et le moins qu’on puisse dire c’est que celle-ci n’avait pas franchement enthousiasmé les foules (d’ailleurs beaucoup de chauffeurs de taxi vous parleront encore de Chirac président). Mais hier c’était différent. Hier il ne s’agissait pas d’un vague Etat de la vieille Europe, dont on ne sait plus très bien si les habitants y parlent l’anglais ou autre chose, hier il s’agissait des Etats-Unis. Et là impossible de rester indifférent lorsque c’est la première puissance mondiale qui décide de son sort et de celui du monde pour les quatre années à venir.

En ces premiers jours de novembre nous étions ici loin de l’hystérie collective engendrée par ces élections en France (où on avait presque l’impression que les Français allaient eux aussi mettre leur bulletin dans l’urne). Et pourtant le pays le plus peuplé du monde doit bien avoir quelque chose à nous dire de cette élection. De la presse à la classe politique, de la blogosphère à la machine à café (ou à thé) qu’en pensent les Chinois ? 

 

La première approche est celle, toujours pragmatique, des dirigeants et de la sphère politique chinoise. La règle ici est que l’on préfère toujours un ennemi connu à un ami inconnu. Avec Bush et l’administration républicaine on avait appris à composer. Or l’arrivée au pouvoir de l’opposition démocrate entraînera immanquablement des changements en politique extérieure. De fait l’AFP constatait il y a quelques semaines qu’"à chaque fois qu'il y a[vait] eu un changement d'administration, il y a[avait] une période de friction entre la Chine et les Etats-Unis qui dur[ait] à peu près deux ans avant que la relation bilatérale ne retrouve son rythme normal". Et même si les positions de Mac Cain et d’Obama ne différaient pas si fondamentalement en matière de politique chinoise (avec pour les deux la réévaluation du yuan ou Taiwan en ligne de mire), ce que redoute Pékin c’est surtout que les supposés réflexes protectionnistes du nouveau président démocrate ne menacent les intérêts économiques de la Chine. On craint également, mais dans une moindre mesure, qu’il ne s’intéresse d’un peu trop près aux droits de l’Homme et à la question du Tibet. Avec Obama la Chine devra donc se mouvoir en terrain (presque) inconnu.


Deuxième approche, deuxième vision des choses, celle du Chinois lambda, du chauffeur de taxi aux jeunes internautes (qui forment à eux seuls un nouvel Etat dans l’Etat avec ses règles et ses héros). Ce même Chinois moyen (après "Joe le plombier", voici "Wang le chauffeur de Xiali" - marque des vieux taxis pékinois) qui vitupérait la France il y a quelques mois, s’est soudain pris de passion pour Obama ou Ao ba ma 奥巴马 en chinois (55% pour Obama contre 16% pour Mac Cain selon un sondage internet chinois), candidat des minorités et donc porteur d’espoir pour tous les lointains cousins immigrés ou les futurs candidats à l’American Dream. Et on se prend à rêver qu’un jour l’Amérique sera gouvernée par un président américain d’origine chinoise (à défaut d’élire son propre président, on peut toujours fantasmer sur les élus des autres).


A l’annonce des résultats pas d’émotion toutefois. Il était midi heure de Pékin. Dans certains bars de la ville étaient organisés des rassemblements de la communauté américaine mais au travail indifférence totale. « Ca y est, c’est Obama ! » : mes collègues ne me prêtent pas la moindre attention. « C’est quoi Aoviama » ? Je tombe des nues… Ah oui quand même. Alors j’explique les démocrates, les républicains, la doctrine Bush. Petit cours de politique américaine express (et assez réducteur j’en conviens). Malgré le supposé engouement pro-Obama de la blogosphère, je constate avec mes collègues que les élections américaines sont quand même bien loin du quotidien pékinois et que la politique en général n’est décidément pas le fort de la jeunesse chinoise. Mais après tout qui leur reprocherait de ne pas s’intéresser à quelque chose sur lequel ils n’ont aucun pouvoir et pour lequel on ne leur demande jamais leur avis. L’émotion et la fierté que suscite chez nous (chez moi en tout cas) le fait de voter, l’euphorie (et l'hystérie) collective du processus démocratique, l’angoisse des résultats, le visage qui apparaît sur les écrans de télévision, la joie ou la déception, l’espoir que sa voix et on vote changera les choses…tout cela semble ici bien loin, très loin et pour longtemps.


 "En avant"...

Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /Sep /2008 16:28
Il m’aura fallu le calme d’un dimanche ensoleillé passé au bord d’une piscine pékinoise (si, si, il y a des piscines à Pékin, j’ai eu besoin de temps pour découvrir celles avec option sans crachats mais maintenant que c’est chose faite je me régale) pour retrouver le courage et l’énergie d’écrire.

J’ai pris du retard mais je vous devais encore le récit de la deuxième et dernière semaine des JO. Et bien, somme toute une semaine qui est passée à vitesse grand V, en donnant toujours l’image surprenante d’un Pékin idéal, où le soleil vrille, où personne ne crache et où le métro est gratuit pour les détenteurs de billets olympiques. Même les terrasses (dont je déplorais la disparition dans mon dernier post) étaient revenues (mais pas les DVD, grrr). Bref le bonheur selon Hu Jintao. Pour cette deuxième semaine, pas de soirée champagne (en fait la dernière m’a suffit pour les trois prochains mois je crois !) mais la deuxième et ultime compétition de mon parcours olympique, le handball. J’avoue que c’est sans grande conviction que je me rendais à ce match de handball féminin, beaucoup moins amusant que le plongeon à mon sens. En plus, la France et la Chine venaient de se faire éliminer en ¼ de finale et nous retrouvions avec une ½ finale Corée/Norvège et Russie/Hongrie, sans conteste de très bonnes équipes mais pas forcément des plus passionnantes lorsque 1/ on n’y connaît rien, 2/ on n’est ni coréen, ni norvégien, ni russe, ni hongrois ! Deux matchs, des pom-pom girls chinoises survoltées, un mini-scandale (les Coréennes ont refusé le point final donnant la victoire à la Norvège et sont restées près d’une demie heure sur le terrain sans vouloir bouger, sanguins les Coréens !) et trois paquets de pop-corn (pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent) plus tard, victoire pour la Norvège et la Russie qui se retrouveront en finale (où la Norvège gagnera l’or). Match un peu fade côté gradins (dont un quart est vide), car sans supporters chinois, mais le défi est relévé par des supporters norvégiens et hongrois venus en nombre et aux chorégraphies très organisées (chacun ayant son G.O en chef et sa version de la ola locale, très disciplinée chez les Norvégiens, très sophistiquée chez les Hongrois).

Le National Indoor Stadium

Mais au delà du match, cette soirée avait surtout pour moi l’avantage de me faire découvrir le parc olympique « by night ». En effet, le National Indoor Stadium, où se jouaient les compétitions de handball, se trouve dans le parc olympique, juste entre le Cube et le Nid d’Oiseau, et à la sortie du match c’est un vrai éblouissement de couleurs et de lumières, le Cube, avec ses couleurs changeantes, restant définitivement mon préféré. Et comme prévu, la soirée se termine au Mac Do, le temps de laisser défiler devant nous, en masse compacte, les milliers de personnes sortant de toutes les compétitions de la soirée (c’était un Big Mac chez Mac Do, soit périr écrasé dans le métro, le choix a donc été vite fait).


Mais voilà, en ce premier jour de septembre, les Jeux sont déjà loin. Fini la frénésie olympique (sauf dans mon quartier où une voisine arbore toujours fièrement la poussette – les poussettes chinoises ressemblent à une sorte de carriole à quatre roues – de son bébé, ornée du drapeau chinois et du drapeau JO, à mourir de rire), fini l'air pur, finies les mascottes débiles...
La cérémonie de clôture, elle, nous a paru bien décevante par rapport à celle d’ouverture, juste rafraîchie  (mon avis, les Chinois eux ont détesté) par les 8 minutes londoniennes, avec un grain de folie bien british et des rifs de guitares un brin plus funky que toute la soupe sentimentalo-nationaliste de la cérémonie chinoise. Mais je dois être un peu de mauvaise foi.
Ca y est, les Jeux sont finis et devant la télé à regarder les feux d’artifices en mangeant de la tarte aux pommes, nous en venions quand même à se dire « tout ça pour ça !».

Alors certes, la Chine a atteint son objectif, en mettre plein les yeux et rafler toutes les médailles (50 médailles d’or), montrant ainsi que désormais c’était elle qui comptait mener la danse. Où au moins être acceptée comme cavalier digne de ce nom. Du sport, du beau sport, deux semaines de sport… et rien d’autre. La place n’a pas été donnée à la politique pas plus qu’elle n’a été donnée au divertissement ou à la liesse populaire. Des JO au compris uniquement dans leur sens sportif en somme…

Tout ça pour ça, et maintenant ? « Et maintenant », une question que nous nous posons tous tant les JO étaient pour nous quasiment devenus une fin en soi, un summum, une apothéose dont on ne concevait pas l’après. Et pourtant l’après pose de nombreuses questions. La semaine dernière, un article français établissait un parallèle très intéressant avec la Rome Antique, où l’harmonie était préservée pourvu qu’on puisse donner au peuple « panem et circenses », « du pain et des jeux de cirque ». Car si nous avons, pendant ces deux semaines, eu le circenses, le beau sport, les records, les Phelps et le Bolt, le larmes de Liu Xiang, si la magie de la mise en scène grandiose du circenses a effacé pendant deux semaines les efforts, les sacrifices consentis par tout un peuple, dès que le cirque s’arrête on se retrouve face à la réalité crue. Et il ne faudra pas bien longtemps avant que la Chine soit rattrapée par la nécessité d’assurer le panem, le pain quotidien, le bien-être, la croissance à deux chiffres quasi-obligatoire, la prospérité, la paix et la stabilité d’une puissance mondiale de 1, 3 milliard de personnes.

En attendant, on oublie la gueule de bois des lendemains de fête et on se berce de l’illusion que la fête n’est pas finie avec le début des Jeux Paralympiques, le 6 septembre, mais le cœur n’est plus. La ville qui n’en est pas à une transformation près a remplacé en une nuit toutes ses Fuwa (mascottes olympiques) par Funiulele, « le bœuf joyeux » (mascotte paralympique). Mais tout cela sonne un rien faux, surtout dans un pays qui n’a jamais eu beaucoup d’égards pour ses handicapés (enfin quand je vois les escaliers des couloirs du métro Montparnasse, je me demande si nous avons des leçons à donner en la matière). Aux dernières nouvelles les billets se sont finalement vendus. Soupir de soulagement général puisque le bureau d’organisation des Jeux Paralympiques en était venu, vu l’absence d’engouement initial, à envisager de faire venir 35000 faux supporters pour remplir les stades !


"Du passé faisons table rase", bye bye les Fuwa...

...l'heure est désormais aux adorateurs de Funiulele, le "boeuf joyeux" !

Je suivrai tout cela de loin car dans l’immédiat je vais essayer d’oublier Pékin le temps d’une semaine (et les menaces d’éviction de ma propriétaire, sujet qui me remplit d’angoisses) en partant dès demain pour les steppes mongoles. Oui, oui vous avez bien lu. Non, non ce n’était pas prévu… Mon sac m’attend, le train part dans 7 heures, je vous raconte tout dès mon retour.
Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Mardi 19 août 2008 2 19 /08 /Août /2008 17:15

En ce deuxième jour de ciel bleu consécutif (chose ô combien rare à Pékin l’été) et de températures revenues à des niveaux plus raisonnables, votre correspondante permanente toute désignée que je suis reviens vous donner quelques nouvelles du front olympique pékinois, pour vous faire vivre les JO de l’intérieur (encore mieux que TF1 ou France 2 réunis !).

Nous en sommes déjà à la deuxième semaine olympique et en ce moment l’événement qui passionne les foules, en dehors du nombre hallucinant de médailles d’or gagnées par la Chine, c’est le forfait du grand champion chinois du 110 m haie, Liu Xiang. Depuis deux jours Liu Xiang, blessé, est pleuré par la Chine toute entière mais aussi et surtout par les vendeurs à la sauvette de billets qui se lamentent de l’absence de ce héros national qui aurait faire vibrer le Nid d’oiseau jeudi soir et fait flamber les prix des billets au marché noir…

La première semaine est passée à toute vitesse et tout le monde est presque étonné de constater que tout se soit si bien déroulé, si facilement. En réalité, alors que nous nous attendions à vivre l’enfer (enfin moi en tout cas, puisque j’imaginais les JO comme deux semaines d’horreur carcérale, où nous serions quotidiennement menacés d’attentats par des extrémistes tibétano-ouighours sanguinaires, battus à chaque coin de rue par des CRS chinois écumant de rage xénophobe/anti-française, étouffés par un ciel de plomb et un air irrespirable, mourrant d’ennui enfermés chez nous sur ordre du gouvernement… bref, vous avez compris quelque chose d’assez éloigné du paradis terrestre), les JO n’ont absolument pas bouleversé notre quotidien. Bien au contraire, ils l’ont parfois amélioré en nous permettant de respirer mieux, de prendre le métro sans peine, de ne pas être pris chaque jour dans des embouteillages monstres, et en nous donnant une bonne excuse pour en faire le moins possible au travail en prétextant auprès de nos interlocuteurs français que « Oh, vous savez en ce moment avec les JO c’est la folie », et à nos interlocuteurs chinois que « Oh, vous savez je soutiens tellement les Jeux que je n’ai plus le temps de travailler car je passe mes après-midi au stade à encourager les athlètes chinois » (non, j'avoue celle là je ne l'ai pas encore sortie)... Je continue donc à vivre ma petite vie chinoise très paisiblement, sors, fais mes courses chez Carrefour-Jialefu, vais contempler les lotus en fleurs le samedi après-midi, sillonne la ville avec mon vélo tout rouillé… Vous allez vraiment croire que les Chinois m’ont totalement lavé le cerveau mais je vous assure que mes seuls bémols ont trait à l’absence temporaire des petites terrasses crados près de mon travail où j’étais si heureuse de pouvoir aller déjeuner au soleil et à la fermeture de ma boutique de DVD pirates (je sais, c’est mal !) mais tout cela refleurira certainement très vite après les JO donc je ne m’inquiète pas vraiment.

Il y a bien eu le triste assassinat d’un proche d’un entraîneur de l’équipe américaine de volley-ball qui a endeuillé le début de la semaine dernière mais cela était vraisemblablement l’acte isolé d’un déséquilibré, qui aurait pu arriver n’importe où et n’importe quand et sans absolument aucun lien avec les Jeux.

L’ambiance est donc finalement assez sympathique, pas la folie furieuse mais bon enfant. Je rentre le soir du travail aux côtés de supporters très calmes se rendant au Stade des travailleurs (juste à côté de mon bureau, ce soir Brésil-Argentine, beau spectacle en perspective), on se passionne tous pour le nombre de médailles gagnées par nos pays respectifs, on garde un œil sur la télévision ou Internet, on vibre aux exploits d’Alain Bernard (si, si, on a fait une mini ola à deux dans le bureau quand il a eu l’or)… On s’exaspère aussi secrètement que la Chine gagne tout mais les Chinois sont des supporters assez sympathiques et on a du mal à leur en vouloir.

Mais rentrons dans le vif du sujet, le sport. Et bien figurez vous que mes mondanités n’ont pas été vaines puisque je me suis vue offrir par la délégation belge de la dernière fois (voir mon dernier post) une place de première catégorie pour l’épreuve du plongeon synchronisé hommes 3 mètres. J’étais assez curieuse parce que 1- ça avait lieu dans le Cube d’eau, 2- c’est l’une des disciplines reines des Chinois donc ambiance garantie et 3- n’étant pas une grande fan de compétition sportive, celle-ci avait le mérite de ne pas durer longtemps, d’être plus esthétique que sportive et de tenir davantage du défilé de top models en maillots de bain qu’autre chose. Un vrai truc de filles quoi !

Mercredi dernier je suis donc partie (en métro flambant neuf, gratuit pour les détenteurs de billet olympique) pour le parc olympique. Le parc olympique est un espace gigantesque, réservé aux personnes ayant des billets, où se trouvent la plupart des installations, dont le fameux Nid d’oiseau , le Cube d’eau, mais aussi le Gymnase national ou encore le Centre des médias - en photo ci-contre - (vous savez, là où la presse du monde entier a découvert avec étonnement qu’elle n’aurait pas avoir accès au site d’Amnesty International… bienvenus dans une dictature les amis !). En fait ce parc immense est surtout un Disneyland géant consacré aux marques sponsors de ces Jeux. L’endroit est grand, impressionnant et tient plutôt du parc d’attraction en version un peu ennuyeuse, les seules attractions étant la « maison Coca-Cola » (40 minutes de queue pour une déambulation à travers l’histoire de la bouteille à bulle, bof), la « maison Adidas » ou encore des maisons aussi excitantes que le « pavillon Assurance de Chine » ou de « Bank of China ». Côté restauration là aussi c’est un peu surprenant puisqu’à part des stands chinois servant du riz en barquette surgelé peu ragoûtant, un seul et unique restaurant (à ma connaissance) : Mac Donald’s. Mac Donald’s qui soit dit en passant doit faire une fortune pendant ces JO avec tous les supporters étrangers dépités par la nourriture chinoise (non pas qu’elle ne soit pas bonne mais difficile de choisir quand on ne lit ni ne parle le chinois). Pas mal de monde, à ma surprise beaucoup de Chinois, souvent assez modestes, (ce qui montre bien que ces Jeux ne sont pas réservés à une élite d’étrangers fortunés, plutôt positif non ?) et toute une armée de volontaires en tenue bleue et de gens à badges.


Le parc olympique (merci Coca-Cola...)

Petite parenthèse (je sais ce post commence à être sacrément long…) : depuis mon retour, Pékin est devenu l’habitat naturel de deux nouvelles espèces, le badgé et le volontaire.

Le badgé se promène fièrement jour et nuit (je le suspecte de dormir avec) avec son accréditation jaune estampillée BOCOG (Comité d’organisation des JO de Pékin). En ces temps olympiques, le badge est devenu la meilleure façon de montrer à quel point on est « in », important, différent du commun des mortels. Le badge doit être jaune et énorme, mais dans une ville où le mot d’ordre est devenu « Je suis badgé donc je suis », on se contente, à défaut, d’autres badges de catégories subalternes. Et là tout est bon à arborer, pourvu que ça soit suffisamment gros pour être vu se balançant autour de notre cou, que ce soit un badge « Club France », « Amicale du Quartier de Chaoyang », « Volontaire SPA de Fribourg », j’en passe et des meilleurs. A Pékin pour exister, il faut désormais être badgé.

L’autre animal étrange récemment apparu à Pékin est le volontaire. Tout de bleu et de blanc vêtu, la banane jaune autour de la taille et le fameux badge autour du cou, le volontaire est officiellement là pour aider au bon déroulement des JO et aider les hôtes chinois et surtout étrangers à traverser sans encombre la période olympique. Ca c’est la version officielle. Moi avec mon esprit mal tourné, je ne peux m’empêcher de penser que ce jeune volontaire en bleu est un peu le nouveau garde rouge version 2008. Sourire niais H24, il défile nuit et jour dans Pékin, se voit respecter, admirer et c’est tout juste si on ne lui cède pas la place dans le bus comme à la grande époque. L’idéologie ayant cédé la place aux bons sentiments politiquement corrects, on retrouve, à la place du Livre Rouge, le carnet des phrases amicales à répéter aux étrangers (du genre « Welcome to Beijing », « célébrons ensemble l’amitié entre les peuples du monde » et « aimez-vous les mascottes olympiques ?»….) et à la place de l’étoile rouge sur le cœur, les anneaux olympiques. On a changé de style mais l’esprit demeure… Heureusement que la Chine peut, comme toujours, compter sur sa jeunesse docile.


La panoplie du parfait volontaire (merci Adidas...) et remarquez le badge jaune !

Fin de la parenthèse, revenons plutôt à ma journée olympique. Donc après une frite-coca au Mac Donald’s olympique pris d’assaut par une foule de supporters en manque de burgers et un bref tour dans la maison Adidas, nous voila partis pour le Cube d’eau. Il est sans doute moins beau de jour que de nuit (lorsque je l’avais vu pour la première fois) mais reste assez fascinant. Et lorsqu’on y entre, c’est pour découvrir des murs d’eau ruisselant sur les parois et des effets de transparence assez réussis : on se croirait vraiment dans une grande bulle. Au milieu, la piscine olympique fait presque petite tant le lieu est grand.

Le Cube d'eau, de jour

Nous nous installons à nos supers places (au rang de la presse) alors que les champions arrivent déjà en peignoir. Les épreuves commencent. En lice, la Chine bien sûr, deux anciennes puissances soviétiques (Russie, Ukraine), les Américains, les Allemands, les Canadiens et les Britanniques. Le plongeon serait-il un sport de grande puissance ? En tout cas pas de petit pays et pas de plongeur français. Les Britanniques ouvrent le bal. Je n’avais encore jamais vu de compétition de plongeon et je suis ébahie. Tant de précision ! Et encore, nous n’en sommes qu’aux figures simples. J’apprends que plusieurs critères sont pris en compte dont l’eau projetée autour de l’impact du plongeur. Pendant une heures, les plongeurs enchaînent figures, vrilles et… douches. Un plongeon, une douche, un plongeon. Une heure plus tard les Chinois sont bien évidemment les grands vainqueurs, à la grande joie de la foule, majoritairement chinoise, qui s’époumone « zhong guo jia you », « allez la Chine », en agitant ses petites drapeaux rouges. Le podium est avancé et c’est le grand nageur russe Alexandre Popov qui vient remettre les médailles. Le public reprend en cœur l’hymne national quand le drapeau chinois s’élève dans le Cube. Après un petit tour des champions autour de la piscine, la foule se dissipe en deux temps trois mouvements, alors que les nageurs entrent déjà s’échauffer pour la compétition de natation du soir.

 

 


Je suis contente d’avoir pu sentir de près cette ambiance olympique et d’avoir pu découvrir les installations, qui sont, il faut bien le dire, assez incroyables. J'ai aussi pris beaucoup de photos de ce site ô combien photogénique, dont plusieurs de la fameuse flamme olympique qui brûle devant mes yeux après tant de péripéties (et qui nous a causé tant de problèmes à nous autres Français).

A part cette compétition, la semaine dernière semaine m’a aussi donnée l’occasion de découvrir deux « maisons olympiques ». En effet, la plupart des pays ont ouvert des lieux destinés à recevoir temporairement délégations politiques, journalistes, sportifs et parfois (mais plus rarement) grand public. Je passe une soirée au très décevant Club France, ultra-fermé (il faut être invité), assez petit, assez cheap et assez moche. Par contre la Maison de la Suisse, sise dans une ancienne usine de 4000 m2, au cœur du quartier des galeries d’art, nous offre une soirée open bar champagne, fromage et chocolat suisse que nous ne sommes pas prêts d’oublier. France 0, Suisse 10. Je vous dirai si je découvre d’autres maisons du même acabit (il parait que la maison de la Hollande sponsorisée par Heineken est assez sympa).

En attendant, prochaine étape jeudi soir, avec la demie finale de handball féminin, au gymnase national (donc dans le grand Disneyland olympique), une super soirée mac do en perspective !

Et en cadeau, un beau plongeon des médaillés d'or, "zhong guo jia you" !

Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Lundi 11 août 2008 1 11 /08 /Août /2008 14:54
Alors que dehors une pluie battante s’abat sur la touffeur pékinoise (et nous rafraîchit enfin), je reprends finalement ma plume virtuelle, pour tenter de vous raconter, de l’intérieur, ma Chine, ma vie chinoise et pékinoise. Des mois ont passé depuis la dernière fois, des mois difficiles, si difficiles que je n’avais même plus envie d’écrire. Rassurez-vous, aucun drame personnel, mais depuis mon dernier post et les événements que j’y décris, tout s’est précipité, tout s’est bousculé, dans ce pays et dans ma tête, au point que je ne savais plus quoi penser, ni écrire. Je pensais comprendre, puis me rendais compte du contraire, et d’hésitations en incompréhensions, de rage en résignation, j’ai fini par me taire, préférant ne pas dire de bêtises (et certains, journalistes ou politiques, auraient été bien avisés de faire la même chose, car des âneries ils en ont débité), ne pas en rajouter au tumulte général. Le Tibet, le passage chaotique de la flamme à Paris, la campagne anti-chinoise en Occident et anti-française en Chine, le ressentiment général contre les étrangers, les spectacles français annulés (ce qui n’est sans doute pas le fait le plus marquant mais me touche de très près), le séisme du Sichuan, la psychose sécuritaire pré-JO, les travaux incessants… Bref, il y a eu un moment où tout cela devenu un peu trop pour moi, et où tout ce qui pour vous ne représente qu’un titre du 20 heures a commencé à sérieusement affecter mon travail, mes relations avec les gens, ma vie. Et ce n’est pas le break que je me suis octroyée pendant 10 jours au mois de mai (au plus fort de la crise), à parcourir le sud du Vietnam, de Saigon à Phu Quoc, qui m’a permis de panser la plaie.

 

Parenthèse vietnamienne

Il fallait me rendre à l’évidence, la Chine m’épuisait, me décevait, me révoltait, bref, j’en avais assez. Heureusement, tout ce délire nationaliste haineux (la rage nationaliste étant désormais entièrement canalisée par les JO) s’est peu à peu calmé et je suis partie au vert (ou plutôt au bleu), pour un mois de mer, de soleil, de cigales, à ne rien faire, à ne penser à rien, mais à profiter de ma famille, du fromage et de l’air marin. Loin de la Chine (malgré l’hystérie chinoise des médias français) et de ses folies.


Après ce mois hors du temps, le retour à Pékin a été tout de même un peu difficile. En arrivant à 10 jours du début des JO, je savais d’avance que le choc allait être rude après un mois dans ma bulle française. Mais à vrai dire, j’ai été si vite prise dans le tourbillon olympique que je n’ai même pas eu le temps de dire ouf et de me lamenter sur mon sort. Mon arrivée à l’aéroport a suffit à m’offrir le choc d’une ville qui a complètement changé de visage en seulement un mois. Vivant à Pékin depuis 2004 (en discontinu certes), le changement  j’y étais quand même passablement habituée. Mais là c’est radical. Pour commencer, j’arrive dans le gigantissime et magnifique terminal 3, inauguré il y a quelques mois, où je suis assaillie par une armée de volontaires en t-shirt bleu et ne reconnais même plus les abords de l’aéroport, fleuris, pavoisés de drapeaux de toutes les couleurs, parcourus par un nouveau « super RER » et où les grues (qui avaient toujours fait partie intégrante du paysage) ont disparu. Et dès que je mets le nez dehors, c’est pour retrouver tous les papies et mamies de mon comité de quartier déguisés en « gentils volontaires », revêtus de la parfaite panoplie olympique, le fameux t-shirt rouge et blanc « Yanjing beer » (plus politiquement correct que le brassard rouge, et tellement révélateur de la façon dont la Chine passe du brassard communiste au t-shirt sponsorisé). Les petits restaurants n’ont plus de terrasses (ça ne fait pas assez propre), on doit passer son sac à main au rayon X pour rentrer dans le métro (ça fait plus sérieux), beaucoup de sites web sont désormais accessibles (overblog toujours pas), bref, que de changements… Dans la ville, la frénésie olympique est palpable, on ne parle plus que de ça : on mange, respire et rêve JO. Même si, vu le dispositif policier, ce n’est pas la folle ambiance dehors : pas beaucoup de touristes finalement (il faut dire qu'entre le sentiment général anti-chi nois en Occident, les menaces d’attentats des ouighours, tibétains et autres "ennemis de la nation" en tous genres, les restrictions sur les visas, les prix pratiqués par les hôtels, il faut être un vrai fanatique des JO pour avoir encore envie de se risquer à venir à Pékin au mois d’août) et une ville sous contrôle où les gens sont invités à rester chez eux pour ne pas troubler l’ordre public. Malgré tout, je suis peu à peu (et malgré toutes mes réticences initiales) gagnée par la folie olympique. Je me prends au jeu et vais, moi aussi, faire le pèlerinage de rigueur aux sites olympiques, admirer le "nid d’oiseau" (le stade olympique) ou la "bulle d’eau" (piscine olympique). Mais je ne peux m’empêcher de constater que le « We Are Ready » (« Nous sommes prêts ») proclamé partout est peut-être un peu prétentieux, encore très peu de Pékinois parlent anglais, et beaucoup de bâtiments ne sont pas encore finis (mais juste recouverts d’une bâche pour faire illusion).

Le "nid d'oiseau"

Vendredi 8 août 2008, 8/8/08, c’est le jour J. Pékin est étonnement calme, quasiment personne dans les rues, on se croirait la veille du Nouvel An chinois, quand tous les Chinois n’ont qu’une idée en tête : rentrer au bercail avant la nuit pour être devant sa télévision pour regarder le grand gala de la TV nationale chinoise. En ce jour historique, déclaré férié (mais on ne nous l'a annoncé que deux jours avant, un peu improvisé tout ça quand même !), ceux qui ont eu la malchance de travailler se hâtent car à 8h08 la ville s’embrase, la cérémonie commence. Un dilemme toutefois pour moi : où aller regarder la cérémonie ? Pour les Pékinois le choix est simple, à la maison. Comme le Nouvel An, on passera la soirée devant la télévision, les raviolis en moins, mais la bière fraîche en plus. Vu la chaleur, nous optons de notre côté pour un bar avec une terrasse aérée près du lac de Xihai, dans le centre historique de Pékin, car nous espérons y apercevoir les feux d’artifices censés exploser dans toute la ville. 5, 4, 3, 2, 1… la première heure est un mélange de féerie, de génie technologique et de kitsch nationaliste chinois. On aime ou on n’aime pas mais il faut avouer que c’est assez impressionnant. Par contre l’interminable défilé de délégations sportives me laisse sur les rotules. Acclamations pour le Pakistan, l’Afghanistan ou l’Iraq, silence pour le Japon, indifférence pour la France (nous sommes bien peu de choses !) et folie furieuse pour Yao Ming, le basketteur porte-drapeau de l’interminable délégation chinoise, véritable star de la soirée. Pendant toute la cérémonie, un seul cri parcourt la ville : « zhong guo jia you », « allez la Chine » ! Feux d’artifices dont nous n’apercevons que le halo lumineux et tout le monde se disperse dans le calme ou fini la soirée chez Mac Do, la conception du festif en Chine étant décidément bien différente (et bien encadrée par la police omniprésente).

Folie du 888
Donc voilà, ça y est, nous y sommes enfin dans ces fameux JO qui, il faut le dire, nous ont quand même passablement empoisonné la vie depuis quelques temps. Alors que je déteste les compétitions sportives, j’ai finalement acheté, au dernier moment (quand je vous disais que je m’étais laissée piéger par la frénésie olympique) des billets pour un match (ça sera le handball, mais ça aurait pu être le lancer de poids tant cela m’indiffère, c’est finalement uniquement afin de pouvoir dire « j’y étais »)… En attendant, mes journées se partagent entre rendez-vous olympiques pseudo-mondains (jamais vu autant de cocktails et de « parties » olympiques) et balade de délégations par 40 degrés à l’ombre (comme samedi dernier où je me suis retrouvée à promener un ministre belge et sa suite, et à faire la causette avec le Baron Ullens, grand collectionneur d’art contemporain chinois et véritable star dans le milieu de l’art).

Mais ces JO ne font que commencer et je promets de reprendre mes chroniques de façon plus régulière et de vous « régaler » d’anecdotes olympiques en tout genre…
Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /Mars /2008 06:22

De retour en Chine, je comptais vous raconter mon week-end à Shanghai, mon retour « à la civilisation » entre visites assidues des boulangeries Paul (introuvables à Pékin), d’H&M (le seul de Chine) et de clubs à la mode avec vue sur le Bund et la Perle de l’Orient... Mais il se trouve qu’il se passe quelque chose de bien plus grave de ce côté-ci du monde en ces premiers jours de printemps. A quelques mois de la grande consécration internationale des Jeux Olympiques, alors que tous les regards sont braqués sur elle, la Chine est frappée dans son talon d’Achille, rattrapée par la question tibétaine.

undefined Images de Lhassa sur la chaîne de télévision nationale chinoise CCTV Informations

En effet, depuis plusieurs jours, Lhassa est en état de siège, après de violentes émeutes antichinoises au cours desquelles au moins dix personnes ont été tuées, selon un bilan officiel. Les premières manifestations ont commencé lundi dernier, date du 49e anniversaire de la fuite de Lhassa du dalaï-lama après un soulèvement manqué de la population de la ville. Ces manifestations, conduites par les moines des monastères de Lhassa, avaient pour but de demander la libération de moines emprisonnés en 2007. Petit à petit, les manifestations ont pris de l’ampleur, donnant lieu à une flambée de violences sans précédent depuis les dernières émeutes tibétaines de 1989 (l’année de tous les dangers…).

undefined Lhassa, vendredi dernier (photo Reuters)

Grâce à internet et aux médias étrangers, on apprend que la ville est désormais quadrillée par l’armée et que tout le centre historique de la ville a été placé sous couvre-feu. Quant aux touristes étrangers, ils sont désormais interdits de séjour, les permis spéciaux requis pour voyager au Tibet étant suspendus.
undefined Du côté de la presse chinoise c’était plutôt silence radio jusqu’à hier. Les premières pages des journaux étant toutes entières occupées par la tenue de l’Assemblée Nationale Populaire (le grand rassemblement annuel de l’Assemblée chinoise, qui n’est finalement qu’une chambre d’enregistrement des ordres du pouvoir) et la réélection sans surprise du président Hu Jintao à la tête de l’Etat. Mais devant l’ampleur des événements, l'agence officielle de presse « Chine nouvelle » a finalement dû confirmer que les émeutes avaient fait des victimes, mentionnant une dizaine de « civils innocents » alors que la télévision chinoise montrait pour la première fois des scènes d'émeutes à Lhassa. Mais en vérifiant sur les sites des grands quotidiens chinois, les nouvelles sur le sujet se résument à une petite ligne en bas de la page (répétant à chaque paragraphe que les émeutes étaient fomentées de l'extérieur, par la "clique du dalaï-lama"), ou bien sont même complètement absentes (c’est le cas sur la page en français de l’agence « Chine nouvelle »). C'est d'ailleurs assez hallucinant, on a vraiment l'impression d'être sur une autre planète en regardant les articles de couverture des journaux chinois où on voit des dignitaires du gouvernement souriants, assistant à une démonstration de calligraphie et aucune mention de ce qui se passe à Lhassa. Des évenements qui font la une de tous les journaux de la planète, sauf de ceux du pays où ils ont lieu.

En attendant, la plupart des sites couvrant l’événement et des blogs (dont overblog, depuis plus d'un mois, snif !) sont bloqués et fait symptomatique, la fenêtre sur le monde que représente le site Youtube est à nouveau censurée en Chine (depuis cette nuit). Quant à la blogosphère chinoise, elle se déchaîne (en général pour appuyer le gouvernement, en réaffirmant l’identité chinoise du Tibet…Nous n’avons parfois pas idée de la virulence des Chinois sur la question, et même parmi les jeunes générations).

Le sujet du Tibet était déjà revenu sur le devant de la scène il y a quelques semaines, avec le scandale déclenché par le « Tibet, Tibet !» lancé par la chanteuse Bjork lors de son concert shanghaien, à la fin de sa chanson « Declare Independance ». Tollé général en Chine où il ne fait aucun doute que le Tibet est et restera Chinois, la question de l’indépendance ne se posant même pas. Pourtant, ces manifestations des moines de Lhassa, qui rappellent dangereusement au pouvoir chinois le précédent birman de l'automne 2007, sont un avertissement qui en dit long sur « l'amertume des citoyens de cette "région autonome" qui porte bien mal son nom » (Le Monde du 15 mars).

Afin que vous puissiez y voir un peu plus clair, je vous retranscris ci-dessous l’article de Pierre Haski, ancien correspondant de Libération à Pékin, qui dresse une analyse très intéressante des événements récents.

Ce matin, le calme est revenu à Lhassa. Pour combien de temps ? On parle déjà de manifestations au Gansu, province chinoise du Nord-Ouest comptant plusieurs monastères tibétains (le Tibet géographique dépasse en fait largement les limites administratives de la « région autonome » du Tibet). Quant au boycott des Jeux Olympiques, le thème n’a jamais été autant évoqué dans la presse étrangère. Mais comment ne pas s’interroger avec le quotidien suisse La Tribune de Genève : "Combien pèsera […] la bonne conscience occidentale face à l'impérieuse nécessité de se préserver un accès au mirifique marché chinois ?". La passivité des capitales occidentales face à la politique chinoise dans la crise du Darfour nous donne déjà des éléments de réponse...

A quelques mois des JO, pourquoi le Tibet se révolte

Le sang a coulé à Lhassa, la capitale du Tibet: dix morts officiellement, cent selon les Tibétains en exil. A quelques mois des Jeux olympiques de Pékin, le Tibet et à travers lui la question des droits de l'homme, se trouvent propulsés à la "une" des journaux du monde entier -sauf en Chine où c'est la réélection du président Hu Jintao qui fait les gros titres, les événements de Lhassa étant minimisés.

Que se passe-t-il au Tibet? Pourquoi ce mouvement? Quelles conséquences aura-t-il sur les JO? Etat des lieux en quatre questions.

Un peu d'histoire. Le Tibet est-il "chinois"? Pour le gouvernement chinois, évidemment, l'affaire est entendue: le Tibet est rattaché à l'empire chinois depuis la dynastie des Yuan au XIII° siècle, et, physiquement depuis la "réunification pacifique" de 1950 à la République populaire décrétée par Mao Zedong l'année précédente. Il existe même, à Lhassa, un magnifique musée moderne dont le seul but est d'accréditer cette thèse.

Du point de vue tibétain, et tout simpement historique, l'affaire est plus complexe. Le Tibet a été lui-même un empire puissant au VII° siècle, qui a connu des relations fluctuantes avec son immense voisin chinois. Les deux empires ont même entretenu des relations diplomatiques, ce qui ne fait pas du Tibet un vassal. De plus, à certaines époques, Lhassa a pu avoir l'ascendant spirituel, et Pékin l'ascendant politique et militaire.

L'histoire moderne est tout aussi ambiguë. Au début du XX° siècle, le Tibet avait pris le large, et vivait reclus dans ses montagnes himalayennes, sous une implacable théocratie qui pratiquait le servage et l'obscurantisme. Mais ce Tibet avait beau être détaché de la Chine, il n'était pas reconnu par le reste du monde comme un Etat indépendant, ce qui explique qu'aujourd'hui, aucun pays ne soutienne le principe d'une indépendance tibétaine.

En 1950, l'armée de Mao monta à l'assaut du Tibet, mais aussi du Xinjiang, cette autre "marche" de l'empire, à l'ouest, dont l'histoire est aussi faite de liens historiques ambivalents. La "réunification pacifique" fut une conquête militaire particulièrement facile, opposant l'armée communiste d'un véritable Etat, à un royaume hermite dont la première action de défense fut de doubler le temps de prière dans les monastères (selon le formidable témoignage de Robert Ford, un opérateur radio travaillant pour le gouvernement de Lhassa, et qui fut capturé par l'armée chinoise).

Ce retour du Tibet à cette "mère patrie" inflexible, s'accompagna d'une promesse d'autonomie: aujourd'hui encore, la province s'appelle "région autonome du Tibet", ne recouvrant d'ailleurs qu'une partie du Tibet historique, à cheval sur le Sichuan, le Yunnan et le Qinghai actuels. Le Traité de 1951 signé par le dalai lama souligne en préambule que "le peuple tibétain a une longue histoire dans le cadre des frontières de la Chine", pour ajouter aussitôt que:

"Le peuple tibétain doit s'unir et expulser du Tibet les forces impérialistes agressives. Le peuple tibétain rejoindra la grande famille de la patrie: la République populaire de Chine. (...) le peuple tibétain jouira de l'autonomie régionale sous la direction du gouvernement central du peuple. (...) Les autorités centrales ne modifieront pas le régime politique du Tibet. Elles ne changeront rien à la situation, aux fonctions et aux pouvoirs du dalaï lama".

En 1959, toutefois, le XIV° dalai lama, "réincarnation" d'une longue lignée de souverains tibétains, estima que Pékin ne respectait pas cette autonomie promise, et s'enfuit en Inde où il se trouve toujours 49 ans plus tard. Depuis, Pékin a pris le contrôle absolu du Tibet.

Libération, ou occupation? Si on écoute Pékin, la Chine a libéré le Tibet du servage et de l'oppression théocratique, et a apporté la modernité. Pas entièrement faux, évidemment, vu le poids économique des monastères dans l'ancien régime, l'état de servage de la paysannerie, et l'absence d'institutions modernes. La Chine a beau jeu de montrer aujourd'hui des écoles, des réseaux de télécoms, et même une salle de bourse à Lhassa, symboles de la modernité chinoise d'aujourd'hui.

Les Tibétains ne nient pas cette évolution, et le dalaï lama, de son exil indien, ne réclame pas l'indépendance, soulignant que le Tibet misérable n'aurait guère les moyens de son développement sans le soutien de Pékin... Mais ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est aussi la survie de la culture et de l'identité tibétaines dans un monde chinois qui agit comme un rouleau compresseur. A la fois par la contrainte, mais aussi par le pouvoir de l'argent, qui corrompt sur son passage des pans entiers de la société tibétaine, autrefois traditionnaliste et puritaine, contaminée, à l'image du reste de la Chine, par le matérialisme le plus cru.

La culture tibétaine est aujourd'hui menacée de reste l'apanage de la religion et de traditions folklorisées à destination du tourisme, tant chinois qu'international. Car ce n'est pas le moindre paradoxe de cette situation que le Tibet est une destination prisée des touristes chinois en quête d'exotisme et, parfois, de spiritualité.

C'est aussi la destination des affairistes, dont l'arrivée au Tibet est désormais facilitée par la construction du premier chemin de fer entre le Qinghai et Lhassa, un tour de force dans cette région montagneuse et sismique, mais une nouvelle menace sur le fragile écosystème tibétain. Avec seulement 2,5 millions de Tibétains dans la région dite autonome, le risque de déséquilibre démographique est évident, avec cette seule réserve que les immigrants chinois Han détestent l'altitude et ne viennent pas au Tibet pour y faire leur vie...

Cette normalisation s'accompagne d'une prise de contrôle sans cesse plus étroite du clergé bouddhiste, dans la perspective de la disparition dans les prochaines années de l'actuel dalaï lama, qui est agé de 72 ans et a eu quelques problèmes de santé. Pékin a montré sa volonté de contrôler la nomination des dignitaires bouddhistes avec l'affaire de la "réincarnation" du X° panchen lama, le deuxième personnage du bouddhisme tibétain. Lorsque, en 1995, le dalaï lama a personnellement confirmé un enfant, Guendun Tcheukyi Nyima, comme XI° panchen lama, les autorités chinoises l'ont arrêté, et nul ne l'a plus jamais revu. Il est le plus jeune prisonnier politique au monde.

A sa place, Pékin a fait choisir un autre enfant tibétain, Gyantsen Norpo, comme panchen lama à sa place, manipulant ainsi un processus de désignation interne au bouddhisme tibétain. Reconnu par le gouvernement central, il a droit à tous les honneurs, et Pékin tente de l'imposer aux Tibétains. Tout porte à croire qu'à la mort du dalaï lama, il agira de la sorte pour brouiller les pistes, et imposer un homme de son choix comme chef spirituel des Tibétains, et enterrer à jamais l'autonomie spirituelle et politique des Tibétains.

Qui manifeste à Lhassa? La période a débuté avec des manifestations de Tibétains en exil, en Inde et au Népal, pour commémorer comme chaque année l'anniversaire de la fuite du dalaï lama. Puis, ce dernier a prononcé un grand discours, lundi dernier, jour anniversaire de sa fuite 49 ans plus tôt, dans lequel il a haussé le ton vis-à-vis de Pékin. Il a accusé la Chine de mener au Tibet une "répression continue", et de se livrer à "des violations énormes et inimaginables des droits de l'homme".

Tenzing Gyatso, 72 ans, XIV° dalaï-lama et Prix Nobel de la paix 1989, se sent sans doute en mesure de parler plus fort en raison de la conjoncture politique et diplomatique. Il y a quelques mois, il était reçu par George Bush à la Maison Blanche, et par Angela Merkel à Berlin, au grand dam de Pékin. C'était une grande première, car recevoir le dalaï lama, c'est agiter le chiffon rouge en face de Pékin. De surcroit, l'approche des JO de Pékin, en août, ouvre une fenêtre d'opportunité pour se faire entendre sur la scène internationale, et peser sur un débat qu'on sent monter sur les droits de l'homme en Chine et la grand' messe du Parti à l'occasion de cette manifestation sportive.

Evenement concerté ou pas, l'appel du dalaï lama a été suivi de manifestations de moines bouddhistes à Lhassa et dans plusieurs monastères tibétains, réprimées dans le sang par les forces de l'ordre chinoises. On parle de victimes et les témoignages (notamment sur la BBC) parlent d'au moins deux morts. Cela fait des années que des événements aussi graves ne se sont pas produits au Tibet.

Quelles conséquences? Il est clair que ces événements vont peser sur le climat des Jeux olympiques. Le Tibet bénéficie d'une caisse de résonnance puissante aux Etats-Unis, et en particulier à Hollywood. On a vu la manière dont Steven Spielberg a été contraint de se retirer de l'organisation de la cérémonie d'ouverture des JO à cause du rôle de la Chine au Soudan et au Darfour. On imagine l'agitation des mêmes milieux sur le Tibet.

Il y a quelques jours, aussi, la chanteuse islandaise Bjork avait fait scandale en Chine en réclamant la liberté pour le Tibet à l'issue d'un concert à Shanghaï. De quoi faire sérieusement paniquer les autorités chinoises sur l'ampleur des manifestations incontrôlées qui pourraient avoir lieu pendant cette année de tous les dangers olympiques.

Sur le plan diplomatique, tout dépendra de l'ampleur des événements du Tibet. Si Pékin parvient à remettre rapidement le couvercle, les grandes capitales protesteront tout en exprimant un lâche soupir de soulagement de ne pas avoir à agir. Si la situation s'aggrave et prend des proportions "birmanes", il sera difficile de rester les bras croisés. Tout en voyant très mal quoi faire face à un membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, puissance économique qui attire les convoitises, et au poids politique croissant sur la planète.

Dans cette belle mécanique planétaire qui avançait vers cette échéance des JO, le petit grain de sable tibétain s'est glissé dans les rouages.

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Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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