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Lundi 30 mars 2009
Quelques nouvelles du front pékinois, éparses et décousues, entre retour à l’ère glaciaire, travail et projets de voyage.

La première (mauvaise) nouvelle du front, c’est le retour du froid (et quand je dis froid, c’est vraiment froid, nous avons même eu de la neige hier !) et, je vous le donne en mille, le chauffage qui s’est arrêté depuis une semaine. Donc l’équation est simple : plus de chauffage + froid polaire / isolation 0 = sexy attitude totale avec chaussettes, bouillottes (une pour les mains, une pour les pieds), chaufferette électrique à plein régime (qui est devenue ma meilleure amie et vit désormais sur mes genoux) et gros pyjama en pilou pilou obligatoire.

Deuxième nouvelle c’est mon travail, que j’apprécie d’autant plus maintenant que je sais que je le quitte dans quelques mois… Je me rends compte que je n’avais jusqu’à présent jamais vraiment parlé de mon travail dans ce blog. Un job pourtant sympa puisqu’il consiste, pour faire (très) simple, à programmer et gérer l’organisation de fêtes à Pékin et dans toute la Chine. Un peu comme si j’étais payée pour organiser de grandes boums géantes avec tous mes artistes préférés ! Et là je vais vous parler de Hip-hop mais j’aurais très bien pu vous parler de rock, de musique baroque, d’électro, d’expo photo… Bref le champ d’expérimentation est vaste !
Samedi dernier donc, étape pékinoise de la tournée « Hip-hop en VF », tournée que je montais (avec les Belges, les Suisses et les Canadiens) dans le cadre de la Semaine de la francophonie afin de faire découvrir au jeune public chinois la diversité de la scène musicale Hip-hop qui rappe en français. Il faut dire qu’en Chine comme partout ailleurs le Hip-hop est d’abord sous perfusion américaine. Sa singularité étant qu’au lieu de venir de la rue, il est surtout récupéré par les milieux les plus aisés.
« Etre hip hop » en Chine c’est avant tout être capable de s’acheter l’intégral jogging blanc Adidas (même pas de contrefaçon !), la voiture de mac’ et de se payer son whisky-thé vert en boite. Donc pour le côté « culture de la rue » on repassera. Un Hip-hop d’autant plus toléré qu’il est absolument non contestataire et au service d’un consumérisme total. La tournée « Hip-hop en VF » essayait plutôt de prendre le contre-pied des clichés sur le genre (filles, grosses voitures, total look bad boy et textes aussi plats que l’encéphalogramme de Jean-Claude Van Damne). Ce que nous voulions c’était justement donner l’occasion de découvrir une autre facette du Hip-hop, avec des artistes ayant un univers musical propre, des textes plein de poésie, et beaucoup de choses à dire… Pas forcément des artistes contestataires mais des gens qui essaient tout simplement de nager contre le courant du mainstream et du son calibré. Ce qui dans le monde entier, et plus particulièrement en Chine, est déjà une petite révolution.


La tournée s’est achevée samedi dernier à Shanghai et le bilan est positif puisque partout, les quatre groupes (France, Belgique, Canada et Suisse) ont fait salle comble et qu’à Pékin nous avons reçu 900 personnes, curieuses d’abord puis complètement survoltées ensuite (et attention, quand le public pékinois se déchaîne, « c’est du lourd » comme dirait Abd Al Malik), pour 7 heures de musique non-stop. Et dans la salle, rien de moins que l’Ambassadeur de France, dont ce n'est pourtant pas le genre musical de prédilection, "kiffant la vibe" casquette sur la tête et Cui Jian, l’empereur du rock chinois (lui aussi avec sa casquette sur la tête mais là ça fait partie du personnage !).
Pour voir ce qu'en dit la presse officielle chinoise, c'est par ici, et en français (c'est que ça a l'air de leur plaire en plus !) :
Xinhua
Le Quotidien du Peuple

Enfin (et sans transition…) last but not least, je suis en train de concrétiser une de mes dernières folies… Après Cuba, le Vietnam et quatre ans passés en Chine, je continue mon « hit-parade » des dictatures communistes (oui, je sais c’est de mauvais goût…) avec … la Corée du Nord. En espérant que d’ici là la situation ne se soit pas tendue davantage... J’ai encore du mal à imaginer ce qui m’attend là bas. Sans doute une plongée dans l’univers de George Orwell ; où comment aller jusqu’au bout de ses cauchemars. Cela n’aura certes rien d’un voyage d’agrément, mais ça fait un petit bout de temps que me trotte dans la tête l’idée d’aller voir par moi-même ce que réserve ce pays hors du temps, hors des lois, hors de la raison.
La suite…au prochain épisode !

Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Mercredi 18 mars 2009
« Beurk » c’est le mot du jour. Prononcé bien souvent en Chine mais encore plus en ce jour d’alerte à la pollution. Depuis deux jours tout est baigné dans une brume rose suspecte, vraiment dégoûtante. Mais aujourd’hui, alors que cela ne m’était jamais arrivé auparavant (même pendant les pires alertes à la pollution), l’air m’est devenu complètement irrespirable. Une odeur de détergent chimique pénétrant même par les fenêtres du bureau. Et que j’ai dû affronter une écharpe sur le nez pour rentrer chez moi tant j’avais l’impression de me remplir les poumons de gaz nocifs. Alors beurk, beurk, et rebeurk, si c’est ça le printemps, rendez nous donc l’hiver !

Et pendant ce temps là on consomme, on consomme... Il fait 29 degrés dehors (non je ne suis pas marseillaise mais j’ai bien passé la journée en manches courtes, plutôt anormal pour un mois de mars -
« réchauffement quoi ?» -, surtout lorsqu’on sait que les températures descendaient encore sous le 0 la semaine dernière) par contre le chauffage central lui tourne, à fond bien entendu. Le camarade chauffagiste a dû s’endormir sur le bouton « marche » car on aurait déjà dû nous le couper depuis dimanche. Alors, pour la première fois de mon existence pékinoise (attention, instant susceptible de rentrer dans les livres d’histoire), je me surprend à prier secrètement le camarade pour qu’il nous coupe enfin ce maudit chauffage qui fait ressembler mes soirées de mars aux canicules de juillet. Aux dernières nouvelles 30,5 degrés ce soir dans ma chambre ! C’est que c’est un solide mon beau radiateur en fonte. Après « beurk », le deuxième mot du jour c’est « basta » : on étouffe !

Demain pluie, les températures vont redescendre, mais je suis certaine que le camarade chauffagiste va prendre un malin plaisir à attendre le retour du grand froid pour nous couper le chauffage au petit matin ! Sadique !
Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Lundi 16 mars 2009
Petite carte postale de Nankin, ville « moyenne » (6 millions d’habitants, rien du tout !) du Sud de la Chine, patrie du « canard salé » (LA spécialité nankinoise par excellence) où j’étais il y a quelques jours...

Etant principalement partie là-bas pour le travail, j’ai passé mes trois premiers jours enfermée dans un hôtel (bon j'avoue je suis allée une fois chez H&M, introuvable à Pékin, mais ça ne compte pas !) entre réunion et festins, aussi déprimant pour le moral que pour la ligne. J’ai toutefois pu profiter de mon samedi pour une escapade culturelle dans cette ville chargée d’Histoire…


Nankin c’est d’abord une Histoire glorieuse puisque « Nanjing » comme on l’appelle en chinois (ce qui signifie littéralement « capitale du Sud » par opposition à Pékin « capitale du Nord ») fut plusieurs fois capitales de la Chine, notamment au début de la dynastie Ming. En témoignent les vestiges (palais, temples…) qui parsèment la ville, le plus connu étant le tombeau de l’Empereur Ming Xiaoling (fondateur de la dynastie Ming) et sa voie sacrée d’animaux en pierre, sur la Colline pourpre qui surplombe la ville. Je suis allée visiter ce tombeau avec d’autant plus d’enthousiasme que le mois de mars est le mois du « festival international du prunier » célébrant la fleuraison de milliers d’arbres. « Colline pourpre », « pruniers en fleurs », « tombeaux Ming »…tout cela semble bucolique et follement poétique non ? Cauchemardesque oui ! Car nous sommes en Chine, un samedi, et que la moitié du pays a décidé d’admirer les pruniers entre musique de kermesse, cris, nounours gonflables géants et odeurs de « tofu qui pue » (mon plus grand ennemi olfactif en ce bas monde, le « tofu qui pue » - c’est son vrai nom - est une douceur typiquement chinoise à base de pâte de soja pourri, délicieux parait-il ; encore faut il passer la phase de dégoût suscitée par son odeur).

Colline pourpre et pruniers en fleurs

Non loin du tombeau de Ming Xiaoling, toujours sur la Colline pourpre, on trouve le tombeau de Sun Yat Sen, rappelant que la ville a été capitale du parti Guomindang à partir de 1912. Sun Yat Sen, leader révolutionnaire, fondateur du Guomindang et premier président de la République de Chine est aujourd’hui vénéré comme le véritable père de la nation moderne. Les Chinois n’oublient pas le rôle qu’il a joué au moment de la chute de l’Empire (à laquelle il a activement participé) et c’est le seul personnage historique moderne à faire l’unanimité, aussi bien en Chine continentale qu’à Taiwan. Il repose dans un mausolée grandiose tout de bleu et de blanc, où défilent chaque jour des milliers de personnes avec une ferveur somme toute assez relative (appareils photos, portables tonitruants, boutiques de souvenirs débiles…).

Promenade "familiale" au mausolée de Sun Yat Sen

Mais Nankin c’est aussi une Histoire sombre, la ville ayant été le théâtre de plusieurs grands massacres, le plus tristement célèbre étant celui de 1937, lors de la prise de la ville par l’armée japonaise. Après d’intenses bombardements, les habitants de la ville connurent les pires atrocités de la part des soldats japonais, qui laissèrent derrière eux plus de 300 000 victimes tuées lors d’exécutions collectives ou individuelles. Le temps a passé mais le « massacre de Nankin » reste une plaie béante dans la mémoire collective chinoise et l’un des principaux point d’achoppement des relations sino-japonaises. Au Japon, il est à peine mentionné dans les manuels d’histoire, certains Japonais allant jusqu’à en nier l’existence ou à en minimiser la violence. Du massacre il reste aujourd’hui une mémoire meurtrie et un mémorial bâti sur un vaste charnier, à la sortie de la ville. Un lieu macabre qui vous glace le sang et où la foule se presse face aux photographies et aux vidéos témoignant des crimes japonais. La dernière salle de l’exposition a beau être consacrée à la réconciliation sino-japonaise, on est encore loin du compte pour des pays où règne un nationalisme féroce.

Me voilà désormais loin des brumes et des brouillards du Sud, profitant du ciel bleu pékinois, de mes derniers jours de chauffage (qui s’arrête demain normalement) et travaillant "d’arrache-pied" (bon, j'ai repris des cours de chinois, c'est déjà pas mal non ?) pour passer mon diplôme de chinois dans un mois...

Nankin sous la brume
Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Dimanche 22 février 2009
Vendredi soir, alors que Pékin est encore sous la neige, j’assiste à la présentation du Pavillon France de l’Exposition Universelle Shanghai 2010. Vous savez, les expositions universelles ce sont ces grandes foires expo (mais sans les moules frites et les chichis) dont personne aujourd’hui ne comprend plus vraiment le sens… A l’origine, les expositions universelles avaient été créées en pleine révolution industrielle pour présenter les réalisations industrielles des différentes nations exposantes. Aujourd’hui, alors que tout le monde voyage, possède une télévision et un accès Internet pour admirer « les réalisations industrielles » de ses congénères, les expositions universelles j’ai bien l’impression que tout le monde s’en contrefiche un peu. Tiens, qui est capable de me dire, là, sans tricher (sans Google hein !), où a eu lieu la dernière exposition universelle (celui qui trouve gagne son poids en bœuf séché du Sichuan) ? En 2010 en tout cas, c’est Shanghai qui a été choisie et c’est la nouvelle lubie chinoise maintenant que la page JO est tournée. Un événement d’autant plus ambitieux que, contrairement aux JO, l’Expo va durer six mois, entre le 1er mai et le 31 octobre 2010. Les organisateurs attendent jusqu'à 100 millions de visiteurs qui pourront explorer les pavillons des 165 pays présents, répartis de part et d'autre du fleuve Huangpu, sur 322 hectares. Après Pékin, c’est désormais au tour de Shanghai d’attirer tous les regards et de devoir supporter travaux, hausse des prix et autres joyeusetés.


Vendredi dernier donc,
est dévoilée au public la maquette du bâtiment unique dessiné par l’architecte Jacques Ferrier (qui était d’ailleurs présent), dans le magnifique hall du Centre Ullens, le plus grand lieu privé dédié à l’art contemporain chinois. Foule de happy few et de pique-assiettes, parmi lesquels toute la communauté artistique, médiatique et un brin « j’me regarde le nombril » franco-chinoise venus découvrir THE pavillon (ça c’est le prétexte officiel, l’officieux étant bien sûr les coupettes de Moët et Chandon). Alors qu’à l'origine, chaque pays disposait d'un espace réservé dans un pavillon central, les pavillons nationaux sont désormais la règle. Le Pavillon c’est un peu la meilleure façon de se faire mousser devant les petits copains, absolument indispensable ! C’est pourquoi le nôtre fera 6000 m2, la surface maximale autorisée par l’organisation.

L'architecte en grande conversation


Moi j’avoue qu’en découvrant la fameuse maquette, notre fringuant pavillon me fait plutôt penser au fruit des amours coupables entre le Forum des Halles (emblème exemplaire s’il en est du génie architectural français n’est ce pas ?) et le Stade de France. Un peu dommage pour un bâtiment qui se veut « un nouveau type de construction urbaine à la fois intelligente, respectueuse de l'environnement et établissant de nouveaux rapports entre culture et nature, urbanité et sensualité. » Je vous rassure, tout ce bla bla arrosé de champagne passe nettement mieux même si tout occupé à poursuivre les serveurs pour grappiller trois macarons secs (« cocktail gastronomique » qu’il disait !) on a quand même un peu de mal à imaginer comment notre cher pavillon pourrait mériter son nom de « Ville sensuelle ». Oui, car selon les créateurs, le visiteur pourra y expérimenter ses « sept sens » (la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, le goût, mais aussi l'équilibre et le mouvement) en découvrant les « richesses de la France »... Tout cela pour la modique somme de 50 millions d'euros, financée à moitié par les entreprises et à moitié par l'État (ie vos impôts). Et  pour ce prix, contrairement aux autres bâtiments et à la demande de Sarkozy, il ne devrait pas être détruit à la fin de l'exposition mais rester en place afin de « conforter l'image de la France en Chine ». Et là, il y a du boulot… n’est-ce pas Mister President ? D’ailleurs, la Chine n'a toujours pas garanti que le bâtiment serait conservé.

Sinon vous serez heureux d’apprendre que j’avance dans ma liste des « ça c’est fait » à faire ABSOLUMENT avant de partir. Deux derniers « ça s’est fait» en date : reprise des cours de chinois ce soir et ski hier sur les pistes de Nanshan, à une heure de Pékin, avec vue imprenable sur la zone industrielle de Miyun (vivement les Alpes !).
Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Jeudi 19 février 2009
Retour à mon blog, laissé à l’abandon depuis très très très longtemps… Mais pour mes derniers mois en Chine je vais essayer de le faire revivre… Tâche laborieuse s’il en est ! Parce qu’avec tout ce qu’il me reste à faire avant mon départ (parler enfin un mandarin impeccable, découvrir tous les endroits qui me restent inconnus, apprendre à faire le canard laqué et le poulet aux cacahuètes, ranger mon bureau encombré de working girl dans la perspective d’un départ programmé…), le temps me sera compté. Je compte donc sur vous pour me rappeler à mon devoir si vous constatez une absence prolongée.

Dernière session typiquement pékinoise de patinage sur les lacs gelés, ça c'est fait !

Depuis mon dernier post, beaucoup de mouvement mais peu de changement. Peu de changement car même travail, même appartement, mêmes amis, même vie. Beaucoup de mouvement avec Hangzhou, Chongqing, Angers, Marseille, Paris et plus récemment deux semaines de vacances aux Philippines (oh que c’était beau, un vrai paradis terrestre pour fanatiques de Koh Lanta), pour échapper aux pétards diaboliques du Nouvel An Chinois (au fait, bonne année du bœuf !). Je vous vois déjà vous dire « oh elle exagère, c’est marrant les pétards ». Oui mais attention, ici ça ne rigole pas, on ne parle pas d’un ou deux pétards comme ça pour s’amuser. Non ici les pétards 1/ c’est du sérieux (bien trop sérieux d’ailleurs pour confier ça aux enfants, le profil type du forcené du pétard : un cinquantenaire blasé en pyjama de sexe mâle) 2/ ça dure deux semaines nuit et jour 3/ ça a fait cramer l’une des plus hautes tours de Pékin. Donc non, ça ne rigole pas.

Sans transition...El Nido, Philippines

Ce soir, j’écris alors que la neige vient de cesser de tomber. Dehors tout est blanc, plus doux, plus beau. Une grande ville entièrement molletonnée. Pékin sous la neige : quelle beauté, quelle poésie…stop ! Je vous arrête tout de suite. Parce que cette jolie neige, si belle si blanche, et bien…ce n’est pas normal. En fait les autorités de la ville ont eu recours à un procédé artificiel pour augmenter les chutes de neige en envoyant de petites cartouches d’iodure d’argent grande comme des cigarettes dans les nuages. Incroyable n’est pas chinois ! Le procédé avait déjà été utilisé avant les Jeux Olympiques pour s’assurer que la pluie tomberait AVANT les Jeux. Cette fois-ci c’est la sécheresse qui nous vaut cette neige inespérée. En effet, pas une goutte de pluie depuis…le 24 octobre. Pour moi qui déteste la pluie, un automne au sec et un hiver sans parapluie c’est une vraie bénédiction, et je vois déjà briller vos regards envieux de parisiens trempés (ou londoniens trempés, ou angevins trempés, ou poitevins trempés, bref d’habitants de pays pluvieux et trempés 24 heures sur 24). Mais il faut avouer qu’après 110 jours sans une seule goutte de pluie, la région était frappée par la pire sécheresse depuis 38 ans et voyait son approvisionnement en eau menacée et les récoltes d’hiver ravagées. Apparemment d'autres chutes de pluie ou de neige programmées par le camarade météorologue devraient intervenir avant la fin du mois de février. La Chine, le seul pays où même la neige est de contrefaçon !

Ce matin, en allant au travail (et en essayant de ne pas glisser !)

Alors la prochaine fois que vous vous surprendrez à chanter « I’m dreaming of a white Christmas » ou à vouloir faire des bonhommes de neige en plein mois de juillet, rien de plus simple, demandez la solution aux météorologues pékinois, il se feront un plaisir de combler vos désirs les plus fous !
Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Mercredi 5 novembre 2008

A quoi ressemble une élection présidentielle américaine vue de Chine ?

J’avais en 2007 raconté la façon dont nous avions vécu à Pékin la dernière élection présidentielle française et le moins qu’on puisse dire c’est que celle-ci n’avait pas franchement enthousiasmé les foules (d’ailleurs beaucoup de chauffeurs de taxi vous parleront encore de Chirac président). Mais hier c’était différent. Hier il ne s’agissait pas d’un vague Etat de la vieille Europe, dont on ne sait plus très bien si les habitants y parlent l’anglais ou autre chose, hier il s’agissait des Etats-Unis. Et là impossible de rester indifférent lorsque c’est la première puissance mondiale qui décide de son sort et de celui du monde pour les quatre années à venir.

En ces premiers jours de novembre nous étions ici loin de l’hystérie collective engendrée par ces élections en France (où on avait presque l’impression que les Français allaient eux aussi mettre leur bulletin dans l’urne). Et pourtant le pays le plus peuplé du monde doit bien avoir quelque chose à nous dire de cette élection. De la presse à la classe politique, de la blogosphère à la machine à café (ou à thé) qu’en pensent les Chinois ? 

 

La première approche est celle, toujours pragmatique, des dirigeants et de la sphère politique chinoise. La règle ici est que l’on préfère toujours un ennemi connu à un ami inconnu. Avec Bush et l’administration républicaine on avait appris à composer. Or l’arrivée au pouvoir de l’opposition démocrate entraînera immanquablement des changements en politique extérieure. De fait l’AFP constatait il y a quelques semaines qu’"à chaque fois qu'il y a[vait] eu un changement d'administration, il y a[avait] une période de friction entre la Chine et les Etats-Unis qui dur[ait] à peu près deux ans avant que la relation bilatérale ne retrouve son rythme normal". Et même si les positions de Mac Cain et d’Obama ne différaient pas si fondamentalement en matière de politique chinoise (avec pour les deux la réévaluation du yuan ou Taiwan en ligne de mire), ce que redoute Pékin c’est surtout que les supposés réflexes protectionnistes du nouveau président démocrate ne menacent les intérêts économiques de la Chine. On craint également, mais dans une moindre mesure, qu’il ne s’intéresse d’un peu trop près aux droits de l’Homme et à la question du Tibet. Avec Obama la Chine devra donc se mouvoir en terrain (presque) inconnu.


Deuxième approche, deuxième vision des choses, celle du Chinois lambda, du chauffeur de taxi aux jeunes internautes (qui forment à eux seuls un nouvel Etat dans l’Etat avec ses règles et ses héros). Ce même Chinois moyen (après "Joe le plombier", voici "Wang le chauffeur de Xiali" - marque des vieux taxis pékinois) qui vitupérait la France il y a quelques mois, s’est soudain pris de passion pour Obama ou Ao ba ma 奥巴马 en chinois (55% pour Obama contre 16% pour Mac Cain selon un sondage internet chinois), candidat des minorités et donc porteur d’espoir pour tous les lointains cousins immigrés ou les futurs candidats à l’American Dream. Et on se prend à rêver qu’un jour l’Amérique sera gouvernée par un président américain d’origine chinoise (à défaut d’élire son propre président, on peut toujours fantasmer sur les élus des autres).


A l’annonce des résultats pas d’émotion toutefois. Il était midi heure de Pékin. Dans certains bars de la ville étaient organisés des rassemblements de la communauté américaine mais au travail indifférence totale. « Ca y est, c’est Obama ! » : mes collègues ne me prêtent pas la moindre attention. « C’est quoi Aoviama » ? Je tombe des nues… Ah oui quand même. Alors j’explique les démocrates, les républicains, la doctrine Bush. Petit cours de politique américaine express (et assez réducteur j’en conviens). Malgré le supposé engouement pro-Obama de la blogosphère, je constate avec mes collègues que les élections américaines sont quand même bien loin du quotidien pékinois et que la politique en général n’est décidément pas le fort de la jeunesse chinoise. Mais après tout qui leur reprocherait de ne pas s’intéresser à quelque chose sur lequel ils n’ont aucun pouvoir et pour lequel on ne leur demande jamais leur avis. L’émotion et la fierté que suscite chez nous (chez moi en tout cas) le fait de voter, l’euphorie (et l'hystérie) collective du processus démocratique, l’angoisse des résultats, le visage qui apparaît sur les écrans de télévision, la joie ou la déception, l’espoir que sa voix et on vote changera les choses…tout cela semble ici bien loin, très loin et pour longtemps.


 "En avant"...

Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Lundi 27 octobre 2008
« J’y arrive pas », « j’y arrive pas »… Désolée je suis vraiment trop flemmarde et je n’arrive vraiment pas à me dire « allez, aujourd’hui tu écris ». Et puis plus je tarde plus j’oublie, plus j’oublie moins j’ai envie d’écrire, moins j’ai envie d’écrire moins je m’y mets. En plus en ce moment nous n’avons pas encore le chauffage et écrire avec les doigts gelés n’a vraiment rien d’évident (bon j’avoue, j’exagère un peu, mais il faut bien se trouver des excuses) ! Mais aujourd’hui, chose rare, je me sens l’esprit clair et donc d’attaque pour écrire quelques lignes. La difficulté étant désormais de résumer. Non pas que j’ai une vie si incroyable mais ce mois de septembre a été assez remuant, que ce soit pour le travail ou pour des vacances et je suis donc un peu effrayée par tout ce qu’il y aurait à raconter.

Donc j’en étais à la Mongolie, plan 2 (le plan 1 étant le train, j’ai l’âme cinématographique en ce moment !), scène 1 : arrivée en gare d’Oulan Bator sous un crachin inhabituel pour ce pays éternellement sec. Comme je ne vais pas pouvoir vous faire le film complet sous peine de vous assommer et de perdre irrémédiablement mes derniers et rares lecteurs, je tente de faire court : la Mongolie (enfin plutôt Oulan-Bator parce que la Mongolie ce n’est pas encore cette fois-ci que je l’aurais découverte), 5 jours passés à travailler (un peu) et à découvrir ou redécouvrir la ville (beaucoup), mais sous un autre angle, celui des gens qui y vivent. De restaurants indiens en bars hollando-mongols, de soirées underground hip-hop/folk (mais c’était pour le travail !! si, si !!) en discothèques du 4e millénaire, de balades sur la Peace Avenue en déjouage de deux attaques de redoutables pickpockets...
Parmi les redécouvertes : celle d’une ville curieuse, très russe, très soviétique mais où, depuis la dernière fois, les buildings en construction (seront ils jamais terminés ?) ont fleuris, les voitures ont envahis les rues et le mausolée du père de l'indépendance, Sukhe Bator, a disparu de la grande place de la ville (un peu comme si on congédiait Lénine de la Place Rouge, quel choc !), où on trouve de tout et on mange désormais très bien (ce qui ne m’a pas empêché de m’empoisonner méchamment avec le plat national, les « buuz », effectivement avec un nom pareil…). Je n’ai malheureusement pas pu sortir de la ville (pas facile toute seule) et « redécouvrir » la campagne mongole mais je suis retournée dans mes endroits préférés, comme le temple Gandang et connais désormais UB comme ma poche !


Parmi les découvertes : l’incroyable marché Narantuul (aussi appelé « marché aux voleurs » ou « marché noir ») où en un dédale de travées se résume la vie mongole. Du beurre, des baies, des dels (longues robes constituant le costume traditionnel mongol) de couleurs, des bottes en cuirs toutes plus belles les unes que les autres, du feutre, des chapeaux très élégants et ces adorables meubles peints qui meublent toutes les yourtes du pays (ce qui me vaut d’ailleurs de repartir avec un tabouret sous le bras, extrêmement pratique dans l’avion de retour !).


Je découvre également une jeunesse mongole libre et branchée, cosmopolite (beaucoup de métissage à ma grande surprise, on croise même des Mongols aux cheveux crépus), ouverte sur le monde, sachant s’amuser et discuter, bien loin des soirées karaokés niaises et des discours calibrés de la jeunesse pékinoise. Certes, je ne me leurre pas et sais bien qu’il s’agit là de la jeunesse un rien fortunée d’UB, qui peut partir à étudier en Allemagne ou s’offrir ses rhum-coca au Métropolis…
Quatre jours après mon arrivée je sais prendre le taxi toute seule sans trop me faire arnaquer (et je vous jure que cela n’a rien d’évident), commander mes plats au Han Buuz (le fast-food mongol empoisonneur) et je me sens loin, très loin de la Chine qui m’apparaît à travers le petit poste de télévision de ma chambre d’hôtel, avec sa cérémonie cucu d’ouverture des Jeux Paralympiques.
Curieuse ville qu’Oulan-Bator. Je n’y vivrais sûrement pas et dois reconnaître que mes premières heures de retour à UB ont été un peu raides, avec l’impression de revenir 4 ans en avant, quand perdues dans la ville la plus laide du monde, nous déprimions sec avec Maman, à trembler à chaque fois que nous entendions la moindre phrase en russe (traumatisme post-Russie). Mais je me suis bien amusée, grâce à mes deux hôtesses hors pair, Nathalie et Emelyne.

Oulan-Bator, où les anciens symboles communistes cohabitent avec Tokio Hotel...

Deux jours plus tard, à peine le temps de me remettre de mon intoxication à la buuz saveur mouton faisandé, me revoilà dans l’avion direction Qingdao, ville de bord de la mer au sud-est de Pékin, pour un séminaire et un week-end à la plage. Il fait beau et chaud et passer des steppes mongoles aux joies de la mer (même chinoise) est un régal. Si on arrive bien sûr à faire abstraction du défilé de maillots de bain des années 1940, tous plus atroces les uns que les autres. Moi j’ai eu du mal !


Nous sommes encore en plein Jeux paralympiques (Qingdao accueille les épreuves de voile) et croisons champions et entraîneurs dans une ville proprette, malgré les poissons séchés étalés sur le trottoir. Cette fois-ci encore je ne manque pas d’être surprise par la déferlante de mariés en train de se faire prendre en photo dans des poses absolument ridicules. Qingdao, avec son petit air européen et ses plages découpées doit vraiment être « the ultimate romantic place » en Chine. J’y penserai pour mes photos de mariage !


Enfin, dix jours plus tard dernier départ, pour le Japon et de vraies vacances cette fois-ci (même si ce qui précédait n’avait pas été franchement stressant). Retrouvailles familiales au Pays du Soleil Levant, un concept sympa.


Une mention spéciale tout de même pour la compagnie aérienne américaine qui m’achemine jusqu’à Tokyo (avec pour destination finale Hawaii) : pas moins de trois fouilles de tous mes bagages, interdiction totale d’emporter du dissolvant (Ben Laden déguisé en manucuriste ???) et dans le magazine décrivant les films en vol, le dessin animé « Kung Fu Panda » signalé comme « adult content » (« contenu adulte »). Bienvenue dans le merveilleux monde des Etats-Unis d’Amérique, encore plus dingue que le Japon par moment !
Mais revenons donc au Japon, qui est et demeure toujours mon grand amour. A peine débarquée à Narita, je me rue d
éjà dans un petit « convenience store » (supérette) de l’aéroport, comparer tous les plats délicieux qu’on peut y acheter à emporter (et puis les Américains de NWA m’ont affamé dans l’avion…). J’avais développé dans mon post sur Cuba ma thèse sur les « routes de l’aéroport », l’endroit où encore tout imprégné de son univers passé, on se rend compte qu’on est ailleurs. L’effet « route de l’aéroport » a lieu une fois de plus lorsque à peine sortie de Nari ta, alors que je sillonne la banlieue de Tokyo dans mon Skyliner ultra-rapide, je me retrouve surprise de voir des affiches électorales (chose inconnue en Chine). Je me rends compte que je viens de poser le pied dans une démocratie. Et j’en suis heureuse.
Notre hôtel est assez commun, mais situé dans un quartier agréable, celui d’Ueno (si on fait abstraction du côté un peu « rue St Denis » de notre pas de porte, avec clubs de strip-tease et prostituées chinoises à chaque mètre) et nous y avons une belle chambre à tatami et toilettes aux mille boutons !
Difficile de résumer 10 jours (et donc mon plus long séjour jusqu’à présent) au Japon en quelques lignes mais je dois m’y efforcer car sinon vous y seriez encore demain. Pourtant tellement de choses à dire… Sentiment de liberté grisant et électrique en marchant dans le parc Yoyogi, en descendant vers Shibuya, en ressentant les vibrations d’Harajuku. Chaque quartier est un trésor aux mille facettes. Je ne veux plus en partir et mon projet d’escapade dans la campagne japonaise ne fait pas long feu. C’est Tokyo que je veux ! En l’espace de quelques jours et de quelques rues je me retrouve projetée tour à tour à Paris, à Londres, à New York ou dans un village japonais oublié…


Je retrouve beaucoup de choses qui n’ont pas tellement changé depuis l’an dernier (ce qui est franchement différent de la Chine) mais découvre aussi de nouveaux quartiers : le havre de paix de Yanaka, entre cimetières, temples et cafés ; les virées shopping à Harajuku et Ginza, où je laisse toutes mes économies alors que l’euro ne cesse de chuter ! ; l’Ile d’Odaiba où j’arrive sous la pluie et qui semble tout droit sortie de « Blade Runner » ; Ryogoku et ses deux apprentis sumos juchés sur des vélos bien trop petits pour eux, comme dans un manga, tellement drôle ; l’immense marché aux poissons de Tsukiji où nous mangeons à 7 heures du matin, encore chaussées de nos bottes de caoutchouc de poissonnières, les sushis les plus frais du monde.

Tsukiji, 6 heures du matin... Le plus grand marché aux poissons du monde

Trois escapades quand même… La première est Hakone, au pied du Fuji. Plongés dans la brume nous n’apercevrons jamais le Mont Fuji mais nous mangeons les œufs cuits dans le souffre censés nous amener 7 ans de vie en plus et découvrons le « plaisir » du Onsen, le bain à la japonaise. Personnellement je n’ai pas franchement apprécié de me faire ébouillanter comme un homard et d’en ressortir avec la couleur, mais l’expérience n'en était pas moins intéressante. Et puis l’affiche à l’entrée interdisant l’accès à toutes personne portant des tatouages (car possible yakuza - mafieux -) valait à elle seule le détour ! Deuxième balade : Nikko la zen, qui me fait beaucoup penser à la ville de Nara visitée en 2007, les daims en moins, et où nous passons la nuit dans une guest-house aux allures de maison de campagne anglaise où tofu et thé vert sont la diète principale. Puis enfin Kamakura où je pars en solitaire, à la rencontre du Pacifique, du Grand Bouddha, de la lumière d’automne dans les temples et des burgers à l’avocat (et surfeurs) nippo-hawaiens.


Je retrouve aussi mon amie de Kyoto, Noriko, qui habite maintenant à Tokyo et chez qui je loge les deux derniers jours, mes compagnons de voyage étant partis découvrir les beautés du Sud. J’assiste avec elle au concert de The Cinematic Orchestra (Shibuya, le Cinematic Orchestra, une salle incroyable, des gens qui savent apprécier la musique, dansent et vibrent avec elle, c’est trop pour une seule fois…). Sentiment de bonheur comme seul le Japon peut m’en apporter. En allant à ce concert comme lors de mes promenades je suis émerveillée par la façon dont les Japonais sont en prise avec le monde tout en restant tellement uniques.


Puis Pékin et la déprime post-Japon. Après dix jours dans ma bulle de douceur, de beauté, d’énergie, j’ai l’impression de débarquer au fin fond d’une cambrousse moyenâgeuse. C’est sale, ça pue, c’est moche, c’est quoi ce pays ? Je crois vraiment qu’il est temps que ces chroniques chinoises changent de nom, j’ai besoin d’autre chose, j’ai besoin d’ailleurs, j’ai besoin de nouveauté et de liberté. Pas forcément le Japon, car je suis bien consciente qu’il est bien plus facile d’y être une simple touriste de passage que d’y vivre. Juste ailleurs.
Dès mon retour, je suis « heureusement » avalée par un flot de travail qui ne me laisse pas le temps de déprimer (et un anniversaire en perruque rose qui me remonte le moral de façon très efficace !). J’essaie désormais d’être autant que faire se peut « toute entière » à la Chine où je vis certainement mes derniers mois pékinois. Pas toujours facile,
mais avec un peu de bonne volonté…
Par Xiao Zhu - Publié dans : Mes parenthèses enchantées
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Mercredi 24 septembre 2008

Alors pourquoi suis-je donc partie en Mongolie ? Je vous avais laissé un peu sur votre faim la dernière fois en vous annonçant mon départ précipité pour le grand Nord sans vous en expliquer les raisons. Non on ne m’avait pas expulsée de Chine, non je ne reprenais pas ENCORE des vacances. Disons que je devais y convoyer une exposition et des livres afin de réduire les coûts de transport et surtout éviter de sacrés problèmes avec la douane sino-mongole. Et puis ça tombait plutôt bien parce qu’au même moment avait lieu à Oulan-Bator un festival de musiques monté par des français, avec un artiste que je comptais faire venir en Chine dans l’année.

Pékin-Oulan Bator

Voila donc comment nous nous sommes retrouvés, moi et ma caisse de 80 kg, sur le quai de la gare de Pékin, par une belle journée ensoleillée de septembre. Je m’apprêtais alors à refaire le chemin inverse à celui parcouru il y a déjà 4 ans, quasiment jour pour jour. Sauf que là plus de première classe avec maman mais compartiment de dernière, seule femme d’un wagon remplis de migrants du Shandong (province au Sud de Pékin) partis gagner leur vie en Mongolie. Heureusement mon compartiment n’est pas plein et je me retrouve seule avec un jeune mongol très calme et très propre. Avec les migrants tabagiques tous taillés sur le même modèle chemisette, ballerines chinoises et costumes de ville ringards parfumés à l’ail, ça aurait été une autre histoire.


A peine montée dans le train deux défauts fondamentaux dressent le chef de wagon contre moi : je suis une fille et j’ai le mauvais goût d’être occidentale. Après m’être faite incendier parce que j’avais eu l’impudence de vouloir regarder par la fenêtre du couloir au lieu de rester bien sagement en boule sur ma couchette, je me disais que le voyage commençait bien. Ce chef de wagon, non content d’être passablement antipathique, s’était en plus approprié la moitié du wagon pour son usage personnel. Il avait carrément réquisitionné un compartiment entier, devenu sa chambre et son salon (parfait pour recevoir les autres chefs de wagon) mais surtout la seule et unique salle des lavabos du wagon. Une organisation implacable :  la salle des lavabos pour stocker, couper et préparer son frichti, la chaudière du samovar (grand réservoir d’eau chaude indispensable pour remplir son thermos de thé ou se faire ses nouilles instantanées) pour cuire le tout et le compartiment pour manger le résultat de ses prouesses gastronomiques ferroviaires à grands renforts de « slurp, slurp ». Par contre en ce qui nous concerne, que l’on ne s’avise pas de vouloir traîner dans le couloir et pour se brosser les dents, tant pis, il faudra faire ça dans les toilettes immondes. Il a aussi déclaré la guerre aux migrants du Shandong qui me font bien rire et qui, comme de vrais gamins turbulents, n'en ratent pas une : ils se perdent sur le quai, oublient de remonter dans le train à l’heure, fument dans les couloirs, font du bruit, bref ne font que des bêtises et se font systématiquement houspiller. Le sort qu’ils infligent à mon seul point d’eau, à savoir les toilettes, me fait cependant nettement moins rire.

Compagnons de voyage

A peine sortis de Pékin, nous traversons des paysages magnifiques, gorges, canyons, montagnes j’ai de la peine à croire que nous sommes encore en Chine tant les rivières sont propres, le ciel bleu et l’air pur. Puis après être passés à travers des kilomètres de champ de maïs et de vignes, la végétation se fait de plus en plus rare. A Datong nous entrons pour de bon dans les terres sèches du Nord et c’est au soleil couchant que nous commencont à découvrir le début pelé du désert du Gobi.


Arrivés à Erlian, ville frontière chinoise, l’air s’est rafraîchit depuis Pékin. On nous prend nos passeports puis notre train (et nous toujours dedans) part dans un grand hangar où on change les roues de tous les wagons ! Si, si, les rails mongoles et les rails chinoises n’ayant pas le même écartement, on doit changer le châssis du train. Difficile à expliquer mais vrai ! Je profite de l’attente pour devenir la confidente des migrants du Shandong qui me racontent qu’ils quittent la Chine pour la première fois, pour gagner un peu plus sur un chantier de construction en Mongolie. Quelle excitation pour eux de quitter la mère patrie ! Au même moment, le chef de wagon découvre incrédule que je parle chinois et je passe donc du statut d’ « étrangère débile » à celui ô combien enviable alliée potentielle pour civiliser les migrants (ce qui me vaut des petites intentions comme un seau d'eau jeté juste avant mon passage dans les toilettes préalablement saccagées par les migrants ou encore une indulgence relative sur mes allées et venues dans le couloir).

Puis ça y est, après plusieurs heures d’attente, les passeports sont récupérés, les roues changées, nos bagages inspectés, et nous passons enfin la frontière passage à 1h du matin. Je tombe de sommeil quand la belle (et géante) employée de l’immigration mongole aux lèvres carmins (à 1h du matin je salue l’effort) et son acolyte le douanier Gengis Khan viennent nous contrôler. Encore une heure environ et nous redémarrons.

Et voilà nous sommes en Mongolie. Je ne peux m’empêcher de songer à mon excitation au même endroit il y a 4 ans, en entrant pour la première fois dans cette Chine qui occupait mes pensées depuis si longtemps !

Cette fois-ci je fais le chemin inverse, curieuse de découvrir un pays qui en 4 ans a du bien changer…

 

Changement des roues à la frontière sino-mongole

 

Je me réveille le lendemain matin, tirée du lit à 10h (j’étais la dernière du wagon à dormir si « tard ») par le chef de wagon qui avec sa grande délicatesse me balance une couverture en me disant : « Tu dors encore ? Allez, tiens !» (pour lui c’était une attention gentille).

La plaine est trempée par un crachin triste, paysage immense, puis Oulan-Bator (UB pour les intimes) apparaît, avec ses bidonvilles de yourtes. A nous deux UB !



Suite au prochain épisode (désolée) !

Par Xiao Zhu - Publié dans : Mes parenthèses enchantées
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Lundi 1 septembre 2008
Il m’aura fallu le calme d’un dimanche ensoleillé passé au bord d’une piscine pékinoise (si, si, il y a des piscines à Pékin, j’ai eu besoin de temps pour découvrir celles avec option sans crachats mais maintenant que c’est chose faite je me régale) pour retrouver le courage et l’énergie d’écrire.

J’ai pris du retard mais je vous devais encore le récit de la deuxième et dernière semaine des JO. Et bien, somme toute une semaine qui est passée à vitesse grand V, en donnant toujours l’image surprenante d’un Pékin idéal, où le soleil vrille, où personne ne crache et où le métro est gratuit pour les détenteurs de billets olympiques. Même les terrasses (dont je déplorais la disparition dans mon dernier post) étaient revenues (mais pas les DVD, grrr). Bref le bonheur selon Hu Jintao. Pour cette deuxième semaine, pas de soirée champagne (en fait la dernière m’a suffit pour les trois prochains mois je crois !) mais la deuxième et ultime compétition de mon parcours olympique, le handball. J’avoue que c’est sans grande conviction que je me rendais à ce match de handball féminin, beaucoup moins amusant que le plongeon à mon sens. En plus, la France et la Chine venaient de se faire éliminer en ¼ de finale et nous retrouvions avec une ½ finale Corée/Norvège et Russie/Hongrie, sans conteste de très bonnes équipes mais pas forcément des plus passionnantes lorsque 1/ on n’y connaît rien, 2/ on n’est ni coréen, ni norvégien, ni russe, ni hongrois ! Deux matchs, des pom-pom girls chinoises survoltées, un mini-scandale (les Coréennes ont refusé le point final donnant la victoire à la Norvège et sont restées près d’une demie heure sur le terrain sans vouloir bouger, sanguins les Coréens !) et trois paquets de pop-corn (pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent) plus tard, victoire pour la Norvège et la Russie qui se retrouveront en finale (où la Norvège gagnera l’or). Match un peu fade côté gradins (dont un quart est vide), car sans supporters chinois, mais le défi est relévé par des supporters norvégiens et hongrois venus en nombre et aux chorégraphies très organisées (chacun ayant son G.O en chef et sa version de la ola locale, très disciplinée chez les Norvégiens, très sophistiquée chez les Hongrois).

Le National Indoor Stadium

Mais au delà du match, cette soirée avait surtout pour moi l’avantage de me faire découvrir le parc olympique « by night ». En effet, le National Indoor Stadium, où se jouaient les compétitions de handball, se trouve dans le parc olympique, juste entre le Cube et le Nid d’Oiseau, et à la sortie du match c’est un vrai éblouissement de couleurs et de lumières, le Cube, avec ses couleurs changeantes, restant définitivement mon préféré. Et comme prévu, la soirée se termine au Mac Do, le temps de laisser défiler devant nous, en masse compacte, les milliers de personnes sortant de toutes les compétitions de la soirée (c’était un Big Mac chez Mac Do, soit périr écrasé dans le métro, le choix a donc été vite fait).


Mais voilà, en ce premier jour de septembre, les Jeux sont déjà loin. Fini la frénésie olympique (sauf dans mon quartier où une voisine arbore toujours fièrement la poussette – les poussettes chinoises ressemblent à une sorte de carriole à quatre roues – de son bébé, ornée du drapeau chinois et du drapeau JO, à mourir de rire), fini l'air pur, finies les mascottes débiles...
La cérémonie de clôture, elle, nous a paru bien décevante par rapport à celle d’ouverture, juste rafraîchie  (mon avis, les Chinois eux ont détesté) par les 8 minutes londoniennes, avec un grain de folie bien british et des rifs de guitares un brin plus funky que toute la soupe sentimentalo-nationaliste de la cérémonie chinoise. Mais je dois être un peu de mauvaise foi.
Ca y est, les Jeux sont finis et devant la télé à regarder les feux d’artifices en mangeant de la tarte aux pommes, nous en venions quand même à se dire « tout ça pour ça !».

Alors certes, la Chine a atteint son objectif, en mettre plein les yeux et rafler toutes les médailles (50 médailles d’or), montrant ainsi que désormais c’était elle qui comptait mener la danse. Où au moins être acceptée comme cavalier digne de ce nom. Du sport, du beau sport, deux semaines de sport… et rien d’autre. La place n’a pas été donnée à la politique pas plus qu’elle n’a été donnée au divertissement ou à la liesse populaire. Des JO au compris uniquement dans leur sens sportif en somme…

Tout ça pour ça, et maintenant ? « Et maintenant », une question que nous nous posons tous tant les JO étaient pour nous quasiment devenus une fin en soi, un summum, une apothéose dont on ne concevait pas l’après. Et pourtant l’après pose de nombreuses questions. La semaine dernière, un article français établissait un parallèle très intéressant avec la Rome Antique, où l’harmonie était préservée pourvu qu’on puisse donner au peuple « panem et circenses », « du pain et des jeux de cirque ». Car si nous avons, pendant ces deux semaines, eu le circenses, le beau sport, les records, les Phelps et le Bolt, le larmes de Liu Xiang, si la magie de la mise en scène grandiose du circenses a effacé pendant deux semaines les efforts, les sacrifices consentis par tout un peuple, dès que le cirque s’arrête on se retrouve face à la réalité crue. Et il ne faudra pas bien longtemps avant que la Chine soit rattrapée par la nécessité d’assurer le panem, le pain quotidien, le bien-être, la croissance à deux chiffres quasi-obligatoire, la prospérité, la paix et la stabilité d’une puissance mondiale de 1, 3 milliard de personnes.

En attendant, on oublie la gueule de bois des lendemains de fête et on se berce de l’illusion que la fête n’est pas finie avec le début des Jeux Paralympiques, le 6 septembre, mais le cœur n’est plus. La ville qui n’en est pas à une transformation près a remplacé en une nuit toutes ses Fuwa (mascottes olympiques) par Funiulele, « le bœuf joyeux » (mascotte paralympique). Mais tout cela sonne un rien faux, surtout dans un pays qui n’a jamais eu beaucoup d’égards pour ses handicapés (enfin quand je vois les escaliers des couloirs du métro Montparnasse, je me demande si nous avons des leçons à donner en la matière). Aux dernières nouvelles les billets se sont finalement vendus. Soupir de soulagement général puisque le bureau d’organisation des Jeux Paralympiques en était venu, vu l’absence d’engouement initial, à envisager de faire venir 35000 faux supporters pour remplir les stades !


"Du passé faisons table rase", bye bye les Fuwa...

...l'heure est désormais aux adorateurs de Funiulele, le "boeuf joyeux" !

Je suivrai tout cela de loin car dans l’immédiat je vais essayer d’oublier Pékin le temps d’une semaine (et les menaces d’éviction de ma propriétaire, sujet qui me remplit d’angoisses) en partant dès demain pour les steppes mongoles. Oui, oui vous avez bien lu. Non, non ce n’était pas prévu… Mon sac m’attend, le train part dans 7 heures, je vous raconte tout dès mon retour.
Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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Mardi 19 août 2008

En ce deuxième jour de ciel bleu consécutif (chose ô combien rare à Pékin l’été) et de températures revenues à des niveaux plus raisonnables, votre correspondante permanente toute désignée que je suis reviens vous donner quelques nouvelles du front olympique pékinois, pour vous faire vivre les JO de l’intérieur (encore mieux que TF1 ou France 2 réunis !).

Nous en sommes déjà à la deuxième semaine olympique et en ce moment l’événement qui passionne les foules, en dehors du nombre hallucinant de médailles d’or gagnées par la Chine, c’est le forfait du grand champion chinois du 110 m haie, Liu Xiang. Depuis deux jours Liu Xiang, blessé, est pleuré par la Chine toute entière mais aussi et surtout par les vendeurs à la sauvette de billets qui se lamentent de l’absence de ce héros national qui aurait faire vibrer le Nid d’oiseau jeudi soir et fait flamber les prix des billets au marché noir…

La première semaine est passée à toute vitesse et tout le monde est presque étonné de constater que tout se soit si bien déroulé, si facilement. En réalité, alors que nous nous attendions à vivre l’enfer (enfin moi en tout cas, puisque j’imaginais les JO comme deux semaines d’horreur carcérale, où nous serions quotidiennement menacés d’attentats par des extrémistes tibétano-ouighours sanguinaires, battus à chaque coin de rue par des CRS chinois écumant de rage xénophobe/anti-française, étouffés par un ciel de plomb et un air irrespirable, mourrant d’ennui enfermés chez nous sur ordre du gouvernement… bref, vous avez compris quelque chose d’assez éloigné du paradis terrestre), les JO n’ont absolument pas bouleversé notre quotidien. Bien au contraire, ils l’ont parfois amélioré en nous permettant de respirer mieux, de prendre le métro sans peine, de ne pas être pris chaque jour dans des embouteillages monstres, et en nous donnant une bonne excuse pour en faire le moins possible au travail en prétextant auprès de nos interlocuteurs français que « Oh, vous savez en ce moment avec les JO c’est la folie », et à nos interlocuteurs chinois que « Oh, vous savez je soutiens tellement les Jeux que je n’ai plus le temps de travailler car je passe mes après-midi au stade à encourager les athlètes chinois » (non, j'avoue celle là je ne l'ai pas encore sortie)... Je continue donc à vivre ma petite vie chinoise très paisiblement, sors, fais mes courses chez Carrefour-Jialefu, vais contempler les lotus en fleurs le samedi après-midi, sillonne la ville avec mon vélo tout rouillé… Vous allez vraiment croire que les Chinois m’ont totalement lavé le cerveau mais je vous assure que mes seuls bémols ont trait à l’absence temporaire des petites terrasses crados près de mon travail où j’étais si heureuse de pouvoir aller déjeuner au soleil et à la fermeture de ma boutique de DVD pirates (je sais, c’est mal !) mais tout cela refleurira certainement très vite après les JO donc je ne m’inquiète pas vraiment.

Il y a bien eu le triste assassinat d’un proche d’un entraîneur de l’équipe américaine de volley-ball qui a endeuillé le début de la semaine dernière mais cela était vraisemblablement l’acte isolé d’un déséquilibré, qui aurait pu arriver n’importe où et n’importe quand et sans absolument aucun lien avec les Jeux.

L’ambiance est donc finalement assez sympathique, pas la folie furieuse mais bon enfant. Je rentre le soir du travail aux côtés de supporters très calmes se rendant au Stade des travailleurs (juste à côté de mon bureau, ce soir Brésil-Argentine, beau spectacle en perspective), on se passionne tous pour le nombre de médailles gagnées par nos pays respectifs, on garde un œil sur la télévision ou Internet, on vibre aux exploits d’Alain Bernard (si, si, on a fait une mini ola à deux dans le bureau quand il a eu l’or)… On s’exaspère aussi secrètement que la Chine gagne tout mais les Chinois sont des supporters assez sympathiques et on a du mal à leur en vouloir.

Mais rentrons dans le vif du sujet, le sport. Et bien figurez vous que mes mondanités n’ont pas été vaines puisque je me suis vue offrir par la délégation belge de la dernière fois (voir mon dernier post) une place de première catégorie pour l’épreuve du plongeon synchronisé hommes 3 mètres. J’étais assez curieuse parce que 1- ça avait lieu dans le Cube d’eau, 2- c’est l’une des disciplines reines des Chinois donc ambiance garantie et 3- n’étant pas une grande fan de compétition sportive, celle-ci avait le mérite de ne pas durer longtemps, d’être plus esthétique que sportive et de tenir davantage du défilé de top models en maillots de bain qu’autre chose. Un vrai truc de filles quoi !

Mercredi dernier je suis donc partie (en métro flambant neuf, gratuit pour les détenteurs de billet olympique) pour le parc olympique. Le parc olympique est un espace gigantesque, réservé aux personnes ayant des billets, où se trouvent la plupart des installations, dont le fameux Nid d’oiseau , le Cube d’eau, mais aussi le Gymnase national ou encore le Centre des médias - en photo ci-contre - (vous savez, là où la presse du monde entier a découvert avec étonnement qu’elle n’aurait pas avoir accès au site d’Amnesty International… bienvenus dans une dictature les amis !). En fait ce parc immense est surtout un Disneyland géant consacré aux marques sponsors de ces Jeux. L’endroit est grand, impressionnant et tient plutôt du parc d’attraction en version un peu ennuyeuse, les seules attractions étant la « maison Coca-Cola » (40 minutes de queue pour une déambulation à travers l’histoire de la bouteille à bulle, bof), la « maison Adidas » ou encore des maisons aussi excitantes que le « pavillon Assurance de Chine » ou de « Bank of China ». Côté restauration là aussi c’est un peu surprenant puisqu’à part des stands chinois servant du riz en barquette surgelé peu ragoûtant, un seul et unique restaurant (à ma connaissance) : Mac Donald’s. Mac Donald’s qui soit dit en passant doit faire une fortune pendant ces JO avec tous les supporters étrangers dépités par la nourriture chinoise (non pas qu’elle ne soit pas bonne mais difficile de choisir quand on ne lit ni ne parle le chinois). Pas mal de monde, à ma surprise beaucoup de Chinois, souvent assez modestes, (ce qui montre bien que ces Jeux ne sont pas réservés à une élite d’étrangers fortunés, plutôt positif non ?) et toute une armée de volontaires en tenue bleue et de gens à badges.


Le parc olympique (merci Coca-Cola...)

Petite parenthèse (je sais ce post commence à être sacrément long…) : depuis mon retour, Pékin est devenu l’habitat naturel de deux nouvelles espèces, le badgé et le volontaire.

Le badgé se promène fièrement jour et nuit (je le suspecte de dormir avec) avec son accréditation jaune estampillée BOCOG (Comité d’organisation des JO de Pékin). En ces temps olympiques, le badge est devenu la meilleure façon de montrer à quel point on est « in », important, différent du commun des mortels. Le badge doit être jaune et énorme, mais dans une ville où le mot d’ordre est devenu « Je suis badgé donc je suis », on se contente, à défaut, d’autres badges de catégories subalternes. Et là tout est bon à arborer, pourvu que ça soit suffisamment gros pour être vu se balançant autour de notre cou, que ce soit un badge « Club France », « Amicale du Quartier de Chaoyang », « Volontaire SPA de Fribourg », j’en passe et des meilleurs. A Pékin pour exister, il faut désormais être badgé.

L’autre animal étrange récemment apparu à Pékin est le volontaire. Tout de bleu et de blanc vêtu, la banane jaune autour de la taille et le fameux badge autour du cou, le volontaire est officiellement là pour aider au bon déroulement des JO et aider les hôtes chinois et surtout étrangers à traverser sans encombre la période olympique. Ca c’est la version officielle. Moi avec mon esprit mal tourné, je ne peux m’empêcher de penser que ce jeune volontaire en bleu est un peu le nouveau garde rouge version 2008. Sourire niais H24, il défile nuit et jour dans Pékin, se voit respecter, admirer et c’est tout juste si on ne lui cède pas la place dans le bus comme à la grande époque. L’idéologie ayant cédé la place aux bons sentiments politiquement corrects, on retrouve, à la place du Livre Rouge, le carnet des phrases amicales à répéter aux étrangers (du genre « Welcome to Beijing », « célébrons ensemble l’amitié entre les peuples du monde » et « aimez-vous les mascottes olympiques ?»….) et à la place de l’étoile rouge sur le cœur, les anneaux olympiques. On a changé de style mais l’esprit demeure… Heureusement que la Chine peut, comme toujours, compter sur sa jeunesse docile.


La panoplie du parfait volontaire (merci Adidas...) et remarquez le badge jaune !

Fin de la parenthèse, revenons plutôt à ma journée olympique. Donc après une frite-coca au Mac Donald’s olympique pris d’assaut par une foule de supporters en manque de burgers et un bref tour dans la maison Adidas, nous voila partis pour le Cube d’eau. Il est sans doute moins beau de jour que de nuit (lorsque je l’avais vu pour la première fois) mais reste assez fascinant. Et lorsqu’on y entre, c’est pour découvrir des murs d’eau ruisselant sur les parois et des effets de transparence assez réussis : on se croirait vraiment dans une grande bulle. Au milieu, la piscine olympique fait presque petite tant le lieu est grand.

Le Cube d'eau, de jour

Nous nous installons à nos supers places (au rang de la presse) alors que les champions arrivent déjà en peignoir. Les épreuves commencent. En lice, la Chine bien sûr, deux anciennes puissances soviétiques (Russie, Ukraine), les Américains, les Allemands, les Canadiens et les Britanniques. Le plongeon serait-il un sport de grande puissance ? En tout cas pas de petit pays et pas de plongeur français. Les Britanniques ouvrent le bal. Je n’avais encore jamais vu de compétition de plongeon et je suis ébahie. Tant de précision ! Et encore, nous n’en sommes qu’aux figures simples. J’apprends que plusieurs critères sont pris en compte dont l’eau projetée autour de l’impact du plongeur. Pendant une heures, les plongeurs enchaînent figures, vrilles et… douches. Un plongeon, une douche, un plongeon. Une heure plus tard les Chinois sont bien évidemment les grands vainqueurs, à la grande joie de la foule, majoritairement chinoise, qui s’époumone « zhong guo jia you », « allez la Chine », en agitant ses petites drapeaux rouges. Le podium est avancé et c’est le grand nageur russe Alexandre Popov qui vient remettre les médailles. Le public reprend en cœur l’hymne national quand le drapeau chinois s’élève dans le Cube. Après un petit tour des champions autour de la piscine, la foule se dissipe en deux temps trois mouvements, alors que les nageurs entrent déjà s’échauffer pour la compétition de natation du soir.

 

 


Je suis contente d’avoir pu sentir de près cette ambiance olympique et d’avoir pu découvrir les installations, qui sont, il faut bien le dire, assez incroyables. J'ai aussi pris beaucoup de photos de ce site ô combien photogénique, dont plusieurs de la fameuse flamme olympique qui brûle devant mes yeux après tant de péripéties (et qui nous a causé tant de problèmes à nous autres Français).

A part cette compétition, la semaine dernière semaine m’a aussi donnée l’occasion de découvrir deux « maisons olympiques ». En effet, la plupart des pays ont ouvert des lieux destinés à recevoir temporairement délégations politiques, journalistes, sportifs et parfois (mais plus rarement) grand public. Je passe une soirée au très décevant Club France, ultra-fermé (il faut être invité), assez petit, assez cheap et assez moche. Par contre la Maison de la Suisse, sise dans une ancienne usine de 4000 m2, au cœur du quartier des galeries d’art, nous offre une soirée open bar champagne, fromage et chocolat suisse que nous ne sommes pas prêts d’oublier. France 0, Suisse 10. Je vous dirai si je découvre d’autres maisons du même acabit (il parait que la maison de la Hollande sponsorisée par Heineken est assez sympa).

En attendant, prochaine étape jeudi soir, avec la demie finale de handball féminin, au gymnase national (donc dans le grand Disneyland olympique), une super soirée mac do en perspective !

Et en cadeau, un beau plongeon des médaillés d'or, "zhong guo jia you" !

Par Xiao Zhu - Publié dans : Chroniques chinoises
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